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Videodrome

février 1999, Magic #27

 

Par Christophe Basterra, Photos d’Olivier Lorotte de Banes

 

 

Que cela plaise ou non, Radiohead est devenu, entre hier et aujourd’hui, le groupe emblématique de cette fin de millénaire. Vous aurez beau lui chercher- voire même trouver- des défauts, le quintette d’Oxford est la seule, l’unique formation capable de donner à la pop in soupçon d’espoir, la seule, l’unique à insuffler une dimension électronique à des compositions désespérément rock, à assurer une pérennité à une authenticité mélancolique. Ces cinq compagnons, en alliant simplicité et véracité, ont réussi le rare tour de force de conjuguer, à la fois, un statut culte et un succès ultra- populaire. Pourquoi? Parce que Radiohead est l’un des rares- non, le seul- groupes à avoir su conserver une dimension terriblement humaine. C’est exactement ce que vient confirmer Meeting People is Easy, où l’on peut suivre, presque pas à pas, Radiohead tout au long d’une exténuante tournée mondiale. Pleurs, joies, apothéoses, tensions. Coulisses, rappels, triomphes, inédits. Interviews, radio sessions, émissions télé. Angleterre, France, Japon, Etats- Unis,…. Autant d’instants "so special" que l’on trouve dans un film, aussi humain qu’artistique. Aussi indispensable qu’extraordinaire. Grant Gee, jeune réalisateur trentenaire, lève le voile sur les coulisses du tournage.
 
Grant Gee a trentre- trois ans, est originaire…. d’Oxford et est un ancien étudiant en géographie. Avant de réaliser Metting People Is Easy, il a été cameraman sur plusieurs vidéos de groupes de moyenne importance, mais a surtout réalisé des documentaires sur U2 et Massive Attack et filmé plusieurs sessions radio pour la BBC.
 
Comment est né le projet Meeting People is easy?
A l’origine, le groupe voulait réaliser une vidéo pour chaque titre de l’album Ok Computer. Et le label avait suggéré mon nom pour ce projet, qui a été vite abandonné en fait. Ensuite, lorsque Parlophone a décidé d’organiser une semaine de promotion européenne à Barcelone, tout le monde a pensé qu’il pourrait être intéressant de conserver une trace visuelle. Tout simplement parce que tout le monde pensait que, durant ces quelques jours, il se passerait des choses étranges, un peu à part: le groupe avait un planning promo démentiel, il devait également assurer deux concerts plus ou moins privés. L’important, c’était de pouvoir être discret, c’est pour cela que personne ne voulait d’ une équipe télé, avec tout ce que cela impliquait au niveau lourdeur et omniprésence. C’est là que le label m’a recontacté: comme je suis à la fois cameraman et réalisateur, que j’ai mon propre matériel, il savait que je pouvais faire preuve de la discrétion nécessaire. Au retour, on s’est séparé et c’est quand j’ai visionné les rushes que j’ai pensé moi-même à l’idée du documentaire. D’autant plus que je m’étais vraiment bien entendu avec les membres du groupe.
A l’origine tu aimais bien la musique de Radiohead?
J’adore The Bends, qui est l’un de mes disques favoris de ces dernières années. J’aime beaucoup OK computer également. Et puis, la dimension humaine m’intriguait: chaque fois que je pouvais lire un article au sujet du groupe, j’étais presque fasciné par la personnalité de Thom Yorke. Enfin, j’ai toujours aimé leurs vidéos, l’image, l’esthétisme qu’elles donnaient des cinq membres.
 
Tu as suivi le groupe pendant toute la tournée mondiale: comment réagissait chacun des membres à la présence presque continuelle de la caméra?
Bien sûr quelques situations étaient un peu étranges, mais tous ont été extraordinaires, d’une patience incroyable. Sincèrement, aucun d’entre eux ne s’est plaint. Pas une seule fois! Ils ont cette faculté à toujours rester aimable, très cools. Sans doute parce qu’ils ont réalisé que j’étais moi aussi très gêné, quelque part. Je n’avais jamais réalisé ce genre de document auparavant et il fallait savoir respecter les instants les plus privés, savoir s’éclipser au bon moment. Savoir se faire oublier aussi. Sincèrement c’était un travail difficile. En fait j’étais dans une position vraiment étrange, quelque part, je me considérais presque comme un voyeur professionnel.
 
Avant de commencer, tu as regardé d’autres documentaires du même acabit?
Oui, quelques uns. En particulier, le Don’t Look back sur Dylan et Cocksuckerblue sur le Rolling Stones. Sinon, j’ai visionné pas mal de films de Chris Marker, et un truc incroyable, Sans Soleil, réalisé par un Français: c’est une sorte d’essai cinématographique, un montage d’images très claires, sans aucun rapport narratif.
 
Au fur et à mesure du tournage, le documentaire a-t-il évolué par rapport à son idée première?
L’un dans l’autre, pas tant que ça. Même si nous avons perdu une certaine dimension ironique. En revanche, petit à petit, nous avons pris conscience que nous avions l’opportunité d’avoir un regard étrange sur le monde, sur certaines villes, vu par le prisme de cinq personnalités. Au final, il existe une dimension émotionnelle qui n’étais pas vraiment prévue.
 
Combien d’heures et de rushes avais-tu à ta disposition?
Exactement, je ne sais pas. C’était démentiel. (sourire). Je dirais entre cent et cent cinquante heures, approximativement.
 
Le groupe a visionné toutes ces cassettes?
Non, je leur ai d’abord montré dix heures de bandes que j’avais pré-sélectionnées. Puis, ils ont vu une version longue de deux heures, qui se rapprochait assez de la version finale. Il n’y a que deux scènes qu’ils ont voulu retirer. Dans l’une, vers la fin de la tournée, on pouvait voir Thom Yorke presque pris de panique. J’avais laissé cette scène comme ça, mais je voulais moi même la censurer. Pour l’autre, on entendait les membres du groupe tenir des propos pas très… gentils vis à vis d’une autre formation. Dont je ne répéterai pas le nom. (Rires)
 
Quel a été le problème majeur qui se soit posé?
Comme d’habitude dans ce genre de projet un peu à part, parvenir à convaincre les gens de son intérêt et d’obtenir le financement nécessaire. Nous avons largement dépassé le budget qui nous était octroyé au tout début. Mais le label nous a suivi car il voyait que l’on pouvait arriver à faire quelque chose de différent, un documentaire qui collait aussi bien à la personnalité des membres de Radiohead qu’à leur musique. Mais, plus le temps passait, plus nous devenions nerveux: quand tant d’argent entre en jeu, tu te demandes qui va être intéressé par ton film! (Sourire).
 
Quel est ton pire souvenir?
Un soir, après un concert aux Etats-Unis, Marilyn Manson entre dans les loges, s’approche de Thom et lui offre une bague, en lui précisant que c’est un présent. Ma caméra ne fonctionnait pas, elle avait un problème. J’ai été déprimé pendant quelques semaines pour avoir raté cette scène.
 
Et ton meilleur souvenir?
Ah, là, je suis très fier. A un moment, dans la deuxième partie du film, le groupe joue une nouvelle chanson, très belle d’ailleurs, pour une émission de radio Américaine. Et Jonny me demande de lui prêter mon t-shirt parce qu’il l’adore vraiment! Et quand je regarde la vidéo, je ne peux m’empêcher de jubiler… Parce que Jonny Greenwood porte quand même l’un de mes T-shirts! Tu ne trouves pas ça incroyable!?

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