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Thom Yorke : Pourquoi il est fier d’avoir produit un tel son.

(Interview de The Spiegel, traduite en anglais par The Independant, et en français par nous.)

Thom Yorke : Pourquoi il est fier d’avoir produit un tel son.

Radiohead a toujours préféré rester à l’arrière des blockbuster. Mais l’annonce qu’ils allaient permettre à leurs fans de décider du prix du nouvel album a fortement marqué l’industrie du disque.have always preferred to stand outside the mainstream. Le chanteur, Thom Yorke, a expliqué à Christoph Dallach et Wolfgang Höbel en quoi il est fier d’avoir produit un tel son.

mis en ligne le 3 janvier 2008.

Q : Les critiques ont parlé de vous soit comme le sauveur, ou comme le croque-mort de l’industrie du rock’n’roll, quand vous avez sorti un album sur l’Internet sans l’aide des maisons de disque. Laquelle de ces deux descriptions est la bonne, selon vous ?

Thom Yorke : J’ai entendu dire qu’on sauvait la musique rock si souvent ces dernières années que je vais le faire écrire sur mon papier toilettes si ça continue. On n’aurait jamais pensé que ça allait faire parler à ce point. En Grande Bretagne, on en parle dans le journal de la BBC, des magnats de 60 ans, pleins aux as, nous félicitent pour notre fabuleuse idée commerciale, et les cyniques suggèrent qu’on a prémédité un coup marketing très ingénieux. Ce ne sont que des conneries.

Q : C’est un fait que des centaines de milliers de fans ont téléchargé le dernier album du groupe, In Rainbows, sur le site du groupe, et ont décidé du prix qu’ils voulaient mettre pour celui-ci. On l’a aussi fait, mais on a rien donné. Ca vous ennuie ?

Yorke : Et pourquoi ? Ce qu’on voulait, c’est que chacun donne ce qu’il pense juste pour la musique. Si tu estimes que nos chansons ne sont pas bonnes, après les avoir écoutées, c’est bien sûr dommage. Mais si ça t’a plu de les écouter, ça serait bien de donner quelque chose, après coup.

Q : Est-ce le début de la fin de l’industrie de la musique si maligne, quand un groupe comme Radiohead, qui vend des albums par million, décide de vendre sa musique sans l’aide d’une maison de disque ?

Yorke : C’est une étape obligatoire, quelqu’un devait la marquer. Tout le monde savait qu’on allait y arriver. On a des collègues célèbres qui y pensaient depuis un moment. Mais ces gens sont liés. Nous sommes bien contents que notre contrat a expiré.

Q : Quoi qu’il en soit, il y a une spéculation féroce qui dit que vous aurions gagné beaucoup moins de cette manière qu’avec l’aide d’une grande major. Est-ce que l’expérience a valu le coup, financièrement ?

Yorke : On ne parle pas gros sous. Mais on n’a pas à se plaindre. De toute manière, on possède les copyrights de nos chanson. Tout ce qui a été publié dans le passé appartient à EMI. On ne peut pas s’en satisfaire. Après tout, on parle d’art, de travail dur. Je vois un album de rock comme une forme d’expression artistique.

In Rainbows est un retour voulu à la forme imposée de 45 minutes. Bien sûr, on aurait pu faire plus court. Mais notre but était de décrire en 45 minutes, avec le plus de cohérence et de pertinence possible, ce qui nous a motivé. In Rainbows est, du moins à notre avis, notre album référence, notre Transformer, notre Revolver, notre Hunky Dory.

Q : Lou Reed, The Beatles et David Bowie étaient au sommet de leur pouvoir créatifs quand ils ont enregistré ces albums. Quelle ambition pousse un groupe plein de succès, comme Radiohead, qui existe depuis 16 ans, à travailler ?

Yorke : Dans le passé, il y a eu des périodes où l’on était incapable de répondre à cette question. On a créé des familles, élevé nos enfants, et chacun a mené sa vie. Mais un jour, ça nous a pris. Le vendredi, coincé dans la circulation, les enfants braillant sur le siège arrière, les courses faites au supermarché dans le coffre perdant de leur fraîcheur, c’est l’été, le week-end de Glastonbury. Une radio passe un classement fait par des auditeurs, qui demande quel groupe leur a laissé le meilleur souvenir de Glastonbury, et 76% des gens votent pour Radiohead. Soudain, ça me revient à l’esprit : qu’est ce que je fais là ? Est-ce que je ne préférerais pas être sur scène, là ? Même ma famille serait contente si je ne me traînais pas à la maison, tel un grincheux. Voilà comment ça m’a pris.

Q : Est-ce que vous regrettez qu’il ne reste rien de l’esprit prétendument, révolutionnaire, sauvage de la musique rock des années 60 et 70 ?

Yorke : Non, la musique est toujours une image de son époque. On vit dans une époque consumériste. C’est pourquoi, le but premier et principal de la musique est de s’adapter à la demande. Pour plein de gens, se décider pour un type particulier de musique, c’est un style de vie, ils sont heureux de mettre en adéquation existence et musique, sans en être touché trop profondément.

De même, il y aura toujours des gens pour interagir passionnément avec la musique, des gens pour qui il y a des chansons qui changent la vie ; des chansons qui leur font prendre conscience de l’état du monde.

Q : Condamnez vous les fans de pop musique, qui prennent votre musique comme un produit de consommation ?

Yorke : Non, je les plains. Pour eux, il n’y a pas de plaisir, ils collectent toujours plus de musique, un peu comme si cette accumulation leur procurait l’immortalité.

Q : Vous-même, avez vous déjà téléchargé une chanson sur internet, sans payer ?

Yorke : Non, j’ai toujours payé. A vrai dire, j’ai téléchargé notre propre album sur notre site, sans payer. Je voulais que ma mère écoute les nouvelles chansons, et je l’ai téléchargé sur son ordinateur. Un journaliste l’a su, et a directement annoncé que je ne voulais pas payer pour acquérir de la musique sur l’Internet. Mais pourquoi j’aurais du payer pour ce qui m’appartient, et en pratique, changer mon argent de poche ? C’est stupide.

Q : Quelle est la somme la plus importante payée pour télécharger In Rainbows ?

Yorke : £99.99. A priori, c’est la limite.

Q : Et combien d’acheteurs ont payé cette somme ?

Yorke : Jusqu’à maintenant, 15. Et je jure qu’aucun membre du groupe ne fait partie de ces 15.

Q : Pourquoi proposer un somptueux coffret avec CD et vinyle pour £40 en parallèle du téléchargement ? Parce que le format compressé de la musique sur internet est trop pauvre et que beaucoup de fans s’en sont plaint ?

Yorke : Les fichiers MP3 ne sont jamais optimaux. On a toujours prévu qu’une sortie physique en CD allait suivre, dans les magasins de disque. On a réfléchi sur la possibilité de produire et distribuer le CD nous-même, mais finalement ça nous a semblé trop difficile. Du coup, on a cherché une petite maison de disque, pour un partenariat.

Q : Est- ce quelque chose qui vous rend triste, l’agonie de l’industrie du disque ?

Yorke : Bien sur. Par exemple, certaines compagnies ferment tous ces beaux vieux studios. C’est tout un pan de métier, une tradition, qui se perd. Les acoustiques, les vieux micros, les instruments formidable disparaissent.

On a essayé, dans la mesure du possible, d’en acheter pour les utiliser, mais ça n’est pas pareil que de s’en servir dans un de ces vieux studios.

Q : On dirait que vous êtes nostalgiques. Dans quelle mesure utilisez vous le média moderne de l’Internet ? Second Life, MySpace ?

Yorke : Ah ouais, Second Life, ce n’est pas ce monde dans lequel vous achetez des terres, des propriétés, des lunettes de soleil pour vous-même et un deuxième vous, où vous vous rendez dans un bar virtuel et dites "salut" ? Ca ne m’intéresse pas. Pour moi, ça ne fait que maintenant l’isolation de beaucoup d’internautes, qui ont pourtant beaucoup de temps dont ils pourraient disposer. C’est triste. Je préfère m’exprimer dans le monde réel.

Q : Est ce que vous lisez ce qu’on dit de vous sur les blogs ?

Yorke : Non. Et on ne lit jamais ce que les critiques écrivent à notre sujet. Jamais. quelqu’un qui le ferait entendraient de drôles de voix dans sa tête. Et il y en a déjà plein qui résonnent déjà dans la mienne.

By Tim Walker

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