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Thom Yorke on Neil 3

Voici d’abord une facette de Thom Yorke qui est restée inchangée malgré sa tendance actuelle à sauter dans tous les sens: il est resté terriblement rongé par les scrupules. C’est le sens de sa déclaration lors du 2ème concert à Coachella, juste avant Reckoner:

Fin de l’interview donnée par Thom Yorke à la BBC où il confie tout ce qu’il doit à Neil Young.



MC : une dernière chose. Tu as parlé de la fragilité de sa voix au début. Mais sa voix, personne ne chante comme NY. Peux-tu parler un peu de la manière dont sa voix t’a influencé comme chanteur ? TY : sa voix m’a influencé comme chanteur et, bizarrement, cela remonte à quand je l’ai écouté pour la première fois, j’avais envoyé une cassette et quelqu’un a écrit dans le magazine « oh ce mec ressemble à NY » et moi, je n’avais jamais écouté NY. Et à cette époque, tu sais, tu as 16 ans et tu hais ta voix, c’est sûr. Tu hais tout ce que tu es : t’as 16 ans quoi. Et tout à coup, d’entendre quelqu’un chanter dans ce registre-là, de cette manière fragile, tu te dis : « Oh. D’accord. C’est bon, c’est bon d’être comme ça. » Alors bien sûr ça a été une grande inspiration, c’était comme d’enterrer quelque chose que je trouvais vraiment merdique et d’en faire quelque chose de positif. Je lui dois ça aussi.


MC : et tu penses que son timbre, si distinctif, peut atteindre différentes émotions, plus que la plupart des chanteurs parce qu’il est si particulier, c’est tellement lui ?


TY : son timbre…le son de sa voix, ouais, cela affecte les gens d’une certaine façon, comme n’importe quelle voix. Quand vous découvrez votre voix, cela colore la manière dont vous vous projetez dans une chanson. Quelque part. Je trouve que ce qui est vraiment –pendant toute sa carrière- ce qui est vraiment intéressant, c’est qu’il peut écrire des paroles vraiment violentes, des images vraiment violentes et une vraie colère, mais qu’il le fait d’une telle manière que, vous savez, c’est doux comme du chocolat. Vous pouvez juste vous laisser envahir par ça, et à la fin vous pensez « ah oui, c’est vrai, c’est ce ça que ça parle. » Mais c’est comme si la colère avait été enlevée. C’est là dans les mots, les mots viennent à vous, mais vous n’êtes pas – c’est une manière de jouer avec cette colère. Je suis sûr, comme la plupart des auteurs de chansons, qu’il y a beaucoup de colère dans sa musique. Etre capable de transformer ça dans une sonorité riche et magnifique…ça c’est quelque chose…


MC : à cause du timbre de sa voix, sa colère n’est ni masculine ni féminine. C’est vraiment intéressant, sa voix, parce qu’elle est haut perchée et…elle ne ressemble pas aux voix rock américaines, qui sont graves et sérieuses, et pénibles. Il est dans sa propre ligue. C’est un peu en dehors des genres, je pense.


TY (l’idée semble le gêner) : sa voix, ce n’est pas tout à fait vrai, tu sais, surtout en live, on force davantage. Mais sur disque, ouais, il y a toujours cette sensibilité en elle mais ce n’est jamais « angélique ». Pas du tout. Probablement à cause de sa manière de jouer de la guitare. Parce que c’est tout sauf angélique, tu sais, il donne de grands coups avec sa guitare la plupart du temps, vous n’avez jamais l’impression qu’il fait dans la sensiblerie. Pour moi, de toutes façons, c’est juste qu’il est là à ce moment et c’est tout.


MC : Une dernière question. Penses-tu qu’il a été spécial dans la manière de se connecter avec d’autres musiciens, d’autres générations ? Parce que beaucoup de musiciens restent entre eux, dans leur propre univers, et lui a toujours semblé se connecter avec tous ceux qui l’approchaient.


TY : Et bien, au concert du Bridge –celui où j’étais- il est resté à côté de la scène pendant presque la totalité des prestations de tout le monde. C’était bien, parce que lorsque tu regardes les gens, ils sont totalement dans leur truc. Je veux dire…c’est normal. Mais lui était très gentil avec tout le monde et très disponible. Je pense que le pire à faire pour un artiste c’est de t’enfermer et de ne pas laisser les choses de l’extérieur venir à toi. Tu sais, si tu aimes vraiment la musique, tu veux qu’on te montre d’autres manières de faire. Et c’est ce qui rend plus solide, et c’est sûrement le cas avec Neil Young, c’est ce qui te fait prendre conscience de la force de ce que tu fais. Et je pense que lui, il ne s’est jamais senti mis en danger par quelque chose de nouveau. Et ça c’est super. Si tu veux vieillir en faisant de la musique, c’est vital, c’est ce qu’il faut faire. Et il est comme ça.


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Clive Deamer

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  1. Avatar
    28 avril 2012 at 21 h 11 min —

    (J’aurais été vraiment très bavarde aujourd’hui, mais c’est pas grave) : d’abord dire que la transcription mot à mot rend vraiment très bien (surtout quand on a déjà regardé cette interview plusieurs fois avant et qu’on le visualise parfaitement en lisant) et si je peux juste faire une petite suggestion, je pense que ça vaudrait le coup que tu l’archives dans la rubrique presse afin qu’elle demeure aisément accessible à l’avenir.

    Sinon, autant j’aime pas du tout quand des universitaires parlent de la musique, autant quand un artiste parle d’un autre artiste je trouve toujours ça absolument passionnant, et à double niveau. Car évidemment comme dans tout exercice d’admiration, quand on parle de ce qui nous touche chez quelqu’un qui nous inspire, au fond on parle de soi, de ce qui nous ressemble ou de ce qui nous manque… Thom Yorke le fait ici d’une très belle façon, sans aucun égocentrisme bien au contraire. Je ne peux m’empêcher d’espérer que quelqu’un quelque part aura eu l’idée de montrer cette interview à Neil Young…

  2. Avatar
    28 avril 2012 at 21 h 51 min —

    Son absence totale de narcisissime est tout de même exceptionnelle je trouve, c’est très touchant la manière dont il avoue sa maladresse face à Neil Young. Et on ressent très bien l’intensité avec laquelle la musique occupe son esprit: sa compréhension est très intime, très précise. Il n’y a rien d’anecdotique dans ce qu’il rapporte. C’est vraiment étonnant que cette interview ait atterri chez un fan archiviste!

    On avait abandonné la section presse parce que citizeninsane fait ça mieux que nous, mais on va peut-être la réactiver pour archiver les traductions en effet.

  3. Avatar
    29 avril 2012 at 12 h 28 min —

    si je peux juste faire une petite suggestion, je pense que ça vaudrait le coup que tu l’archives dans la rubrique presse afin qu’elle demeure aisément accessible à l’avenir.

    c’est fait !

  4. Avatar
    1 mai 2012 at 2 h 11 min —

    La transcription est vraiment bien faite, elle fait bien ressortir ce que dit et ressent Thom York. Je trouve très émouvante la façon dont Thom York parle de Neil Young. J’aime beaucoup la façon qu’il a d’en parler .Son admiration pour le chanteur est touchante. Un artiste qui parle d’un autre artiste avec retenu, pudeur je trouve.
    On ressent la passion qu’il a pour la musique.

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