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Science radio

article paru le 19 septembre 2000 dans les inrocks

Radiohead – Science radio

(Interview)

Précédé d’une avalanche de rumeurs, Kid A, le quatrième album de Radiohead, est bien le monstre annoncé qui casse les guitares mais aussi la glace. Récit d’une odyssée avec deux rescapés : Johnny et Colin Greenwood.

 

A quelques semaines de la sortie de Kid A, êtes-vous soucieux de savoir comment ce nouvel album sera perçu et reçu par le public’

Colin Greenwood (basse)
– C’est une question que nous nous posons depuis peu. Les concerts de cet été, où nous avons rodé beaucoup de nouveaux titres, nous ont fourni quelques éléments de réponse. Les gens venaient avant tout pour nos anciens morceaux, mais ils restaient quand même jusqu’au bout et paraissaient satisfaits… C’est très gratifiant de voir que notre public est sensible aux efforts que nous produisons : il fait preuve de patience à notre égard, est prêt à accepter la règle d’un Jeu où rien n’est figé.

Johnny Greenwood (guitare)
– Je n’avais pas autant éprouvé cela lors de la sortie de OK computer. A ce moment-là, nombre de gens s’attendaient à un disque dans la lignée de The Bends, l’album de la reconnaissance. Ça n’a pas empêché OK computer d’avoir plus de succès encore, mais je continue de penser qu’il n’a pas gagné si rapidement que ça l’affection du public.

Kid A prend davantage de libertés encore avec les structures et les sons. Quelle était votre ambition ?

Colin
– Toujours la même : s’engager dans des expériences nouvelles et essayer d’en partager au maximum le bénéfice avec ceux que ça intéresserait. Beaucoup de musiques semblent avoir renoncé à ce type de responsabilité. Lorsque je regarde la production actuelle, j’éprouve une sensation désolante de surplace et d’isolement, de fragmentation des affects, de rupture entre les musiciens et le public. Kid A n’est pas l’album d’un groupe qui joue dans sa petite chambre ou son petit studio, et qui jette ensuite sa musique à la face du public en espérant que ça cartonnera. Ce n’est pas un hasard si nous prenons des mois pour bâtir un disque, si nous nous approprions tout ce temps : il s’agit non seulement d’aller au bout de ses recherches, mais aussi de trouver le meilleur moyen de transmettre ses découvertes. Sinon, tu considères les gens comme des imbéciles.

Plusieurs titres présentent une tonalité plus électronique ou amblent : comment les avez-vous abordés ?

Colin
– Dans Kid A, toute expérimentation est née d’une nécessité. Tu es sur une île déserte et tu dois traverser une rivière : il te manque un pont, c’est à toi de trouver, voire de façonner les outils qui vont te permettre de le construire et d’avancer. Le principal danger de l’électronique, c’est d’être écrasé par la logistique, de se laisser étouffer par la profusion de matériel. Il faut aussi savoir oublier la machine pour rester concentré sur ce que l’on désire et ce que l’on aime. Thom était certainement le plus avancé dans ce domaine, il a été un moteur pour nous tous.

Johnny
? La confiance nouvelle qui nous a habités nous a permis de ne pas surcharger le tableau, de savoir s’arrêter au bon moment. Il n’était pas utile de sombrer dans un luxe de détails. Certains morceaux sont très dépouillés.

Kid A dévoile une musique mutante où les rôles ne semblent plus aussi clairement distribués qu’avant.

Johnny
– Nous ne nous sommes plus autant identifiés ni ficelés à nos instruments. Casser les rôles comme on l’a fait sur Kid A, ce n’est pas briser l’équilibre de chacun, bien au contraire : c’est laisser plus de champ à chaque individualité sans porter atteinte à la cohérence ni à la dynamique de l’ensemble. Ce disque nous a convaincus que nous n’avions pas une seule méthode de travail mais une multitude d’approches toutes tournées vers un seul but : faire émerger une parole collective qui soit inédite et en mouvement. A chaque fois qu’on a cm trouver une façon de faire et qu’on a voulu en tirer des principes généraux, ça a échoué lamentablement.

Vos nouvelles orientations sonores trahissent-elles des goûts musicaux plus ouverts que par le passé ?

Johnny
– La partie de cuivres de National anthem n’aurait sans doute jamais vu le jour si Thom et moi n’étions pas de grands admirateurs du Jazz Workshop de Charles Mingus. Mais ces jeux d’influences ne sont jamais prémédités, ils apparaissent incidemment.

Colin – En musique, les influences devraient toujours moins compter que le goût. Ce que vous aimez et n’aimez pas, les raisons pour lesquelles vous êtes attiré par ceci plutôt que cela, voilà ce qu’il est bon de dire et d’affirmer. Au fond, Kid A ne parle que de ça, de ce que nous aimons et détestons, et de tout ce que nous partageons à l’Intérieur de ces passions et de ces haines : tout ce qui peut faire notre singularité.

 

Richard Robert

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