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New Yorke Stories

Août 1997, rock Sound #50.
 
Interview de Pierre Perrone
‘New Yorke Stories’
 
Trois mois après la sortie de son troisième album "Ok computer" et de l’épique single "Paranoid Android", Radiohead tourne comme un dératé. Après Glastonbury, les Eurockéennes de Belfort, les USA, le Canada, c’est à nouveau l’Europe et la France que le groupe de Thom Yorke retouvera en octobre. L’heure est déjà aux premiers bilans.
 
"Je ne considère pas que sortir "Paranoid Android" en single était une décision suicidaire", marmonne Thom Yorke, la figure de proue de Radiohead, en parlant du fameux simple de plus de six minutes que les radios ont rarement diffusé cet été. "On n’a pas fait ça pour être contrariants, bornés. Chaque fois que je l’entends, j’éclate de rire comme un possédé. Quand tu arrives à la section finale, c’est tordant, hilarant. On s’est régalés à la mettre en boîte et, lorsqu’on la joue sur scène, on prend une claque. Bien sûr, ce n’est pas un truc anodin de trois minutes, mais ce n’est pas non plus le titre le plus obscur et difficile de tous les temps", martèle le chanteur.
 
radio…haine!
 Jonny et Colin abondent dans son sens. "Il y a vingt ans, personne n’a tiqué quand Queen a sorti "Bohemian rhapsody". Maintenant, les formats radios sont tellement rigides que tout le monde fait le gros dos. Mais ça nous convient. Notre idée était que, même si le morceau passait juste une ou deux fois sur les ondes, ça suffirait à intriguer les acheteurs potentiels. Et il résume parfaitement la direction de l’album. Ca nous aurait foutu les glandes d’avoir un disque que les gens s’arrachent dans les magasins. Ce n’est pas bon pour la longévité d’un artiste. Les fans se lassent vite et s’amusent à changer de station pendant qu’ils conduisent. C’est vachement dangereux", lance avec malice Colin, le bassiste maniéré. Jonny, son frère cadet admet aussi que "c’est sans doute une réaction à "Creep" que les radios américaines ont diffusé à tire-larigot. On a mis le paquet mais on a eu vachement peur de devenir un juke-box ambulant condamné à jouer ce titre éternellement. Ca nous a minés et c’est pour cela qu’on avait arrêté de chanter notre hit", révèle le gutariste, Thom prend le relais, avec comme une envie de régler des comptes avec une certaine presse: "Les critiques ont mal interprété cette décision. On a dit qu’au sein de Radiohead, nous étions des artistes torturés, que le succès ne nous intéressait pas. On veut le succès mais pas à n’importe quel prix. D’ailleurs, si on vendait dix millions d’exemplaires de "Ok computer", je ne sais pas trop comment je réagirais. Je pourrais facilement devenir un ermite."
 
Liberté absolue
Persécuté, brutalisé, brimé par les autres élèves parce qu’il avait un oeil à la paupière morte, Thom Yorke s’est réfugié dans la musique. Après TNT (son premier groupe) il recrute les frères Greenwood, Ed O’Brien (guitare), Phil Selway (batterie) et forme On a Friday. Rapidement rebaptisés Radiohead (une plage sur le "True Stories" de Talking Heads), les cinq d’Oxford signent chez EMI en 1992. Le reste de l’itinéraire, vous le connaissez: "Creep", l’album "Pablo Honey", les doutes pour égaler le succès de "Creep", le triomphe de "The bends", "Lucky" pour la Bosnie et, avant "Ok computer", la bande originale de "Romeo&Juliet". Thom sourit et poursuit: "Avec "Exit music", c’était la première fois qu’on enregistrait un truc vraiment réussi du début à la fin. "Ok computer" a continué dans cette direction. La maison de disques nous a donné carte blanche et personne n’a osé fixer de date limite. On a juste dit qu’on voulait prendre le temps nécessaire, acheter notre équipement, notre studio, et produire le résultat nous- mêmes. J’ai composé la majorité des titres en tournée. C’est comme ça que je me détends en bagnole ou dans un avion. Du coup, je crois que je révèle moins les secrets du fond de mon coeur", ajoute le chanteur autrefois infirmier dans un hôpital psychiatrique. "Autant l’avouer, en studio, je suis plutôt tyrannique, j’ai du mal à déléguer, et je ne prends pas de gants pour les engueuler. Ce que nous faisons est important et je ne veux pas tomber dans les platitudes des groupes à succès qui jouent dans les stades et se conduisent comme des gamins capricieux. Surtout qu’avoir du succès et garder la tête froide ne sont pas deux choses incompatibles. C’est en ce sens que j’avais particulièrement apprécié les tournées en première partie de R.E.M., juste après notre période nombriliste. Ils ne prennent jamais de grands airs et de les voir ainsi nous a donné un coup de fouet et nous a motivés".
 
Prendre les fans à rebrousse poil?
"Maintenant même si on tourne sans arrêt, on trouve encore le temps de développer de nouvelles idées", précise Jonny, un fan de rock progressif qui " a acheté des tas de claviers, mellotron, piano, tout ça me branche. Sur scène ou en studio, mon coin déborde de gadgets. Et je force les autres à écouter Pink Floyd, Hawkwind, et King Crimson (demandez à votre papa- ndr). Je ne sais pas vraiment quelle direction on va prendre maintenant"annonce le guitariste. "Pour te donner une petite idée, "Metting in the aisle", l’un des titres qu’on va publier sur le cd single de "Karma police", est un instrumental. Ceci indique peut- être que nous allons explorer un genre différent et inattendu qui va prendre les fans à rebrousse-poil. La tournée américaine et canadienne avec Teenage Fan Club en première partie s’est vachement bien passée. On attend l’Europe avec impatience. Je crois qu’on va s’amuser à ajouter deux ou trois concerts supplémentaires pour les fans, jouer un répertoire inattendu. Même si on se casse la gueule, personne ne nous en voudra", ajoute le guitariste qui aime bien torturer son instrument et qui se produit maintenant "avec un appareil orthopédique autour du poignet pour réduire les risques. Sinon, les assureurs font le gros dos. Pas question d’annuler un seul concert!"
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