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interview

Un énorrrrrrme merci à Fredeke qui nous a envoyé l’interview en la retapant !!!!

Dans le télémoustique de fin janvier, on pouvait lire une interview de Colin et Jonny, dont voici quelques extraits (je ne pense pas qu’on puisse acheter ce magazine belge en France…).

petit blabla d’intro…
ça commence par un commentaire de jonny :

Jonny : Ce n’est pas parce que vous avez écrit hier de belles chansons que vous en êtes encore capable aujourd’hui. La sortie de cet album est avant tout un soulagement car la route a été longue. Le stress que nous nous sommes imposé était énorme. On travaille sur la plupart des morceaux de l’album depuis plusieurs années. Lorsque Thom arrive avec une chanson et qu’il nous la joue seul à la guitare ou au piano, c’est déjà magnifique. Notre boulot en tant que groupe c’est d’arranger sans détruire, sans faire perdre la beauté initiale de ces titres. Personnellement, je sors de ce disque avec l’impression d’avoir fait partie d’un groupe où chacun est à sa place et content d’y être.

q:Pourquoi ces chansons fonctionnent elles déjà si bien lorsque thom les interprete seul ?

Colin : parce qu’il a le mojo. Lorsqu’il vous regarde dans les yeux et qu’il joue, c’est vrai. Il ne prétend pas, il ne triche pas, il se donne entièrement. c’est pour cette raison qu’il nous arrive de bosser sur une chanson durant 5 ou 6 semaines. Il nous faut du temps pour trouver l’équilibre.

q : ça fait quoi d’être l’un des plus grands groupes du monde ?

Colin : C’est probablement comme être dans le plus petit. Bien sûr, après il y a les questions de tournées et de business, mais lorsqu’on écrit, il n’y a aucune différence. C’est fait de doutes, de trouvailles, de désespoir et d’immenses joies. Exactement comme tout autre groupe. Cela dit, il faut revenir à l’essentiel. Faire de la musique, c’est communiquer. L’idée derrière la musique, c’est de crier au monde que vous êtes excité par ce que vous faites, que vous aimez vous exprimer et que votre contribution est utile.

q : le titre fait référence à l’arc-en-ciel et la pochette est colorée. D’où vient l’idée ?

Johnny : Ce sont en fait des couleurs purement chimiques qui n’existent pas dans la nature. La volonté de Stanley Donwood, qui a réalisé la pochette, était de montrer le beau dans le laid et vice versa. ce sont de fausses couleurs. de loin, les choses ont l’air souvent très belles, mais lorsqu’on s’en approche, on réalise que la réalité est différente. C’est l’idée de la tache d’huile dans la rigole. le mélange de couleurs est assez beau, mais il s’agit en fait de pollution.

q : Sur son album solo, Thom chantait harrowdown hill, un hommage à david kelly, ce scientifique anglais retrouvé suicidé après ses déclarations sur la façon dont le gouvernement Blair aurait exagéré la menace irakienne. Radiohead aurait-il pu signer cette chanson ?

Jonny : Non, jamais. Ce qui me plait particulièrement dans notre musique, c’est son ambiguïté. En solo, Thom a écrit en détaillant les choses, en les précisant, ce qui est l’opposé de sa démarche dans Radiohead que je compare plutôt à une immense tapisserie. Le sens de ce groupe c’est d’être un tout et de plaire aux 5 musiciens qui le composent. J’ai été ému de découvrir au fil des enregistrements le contenu de chaque chanson, de voir apparaître jour après jour un thème très humaniste. « Nous sommes séparés comme les ondulations sur une plage vide ». Voilà un phrase (tirée de Reckoner) qui résume le disque à merveille. La rupture et la dépendance, cette façon que nous avons de vivre ensemble sans faire attention à l’autre, dont nous voulons nous rapprocher sans pouvoir le faire.

q : Thom dit ne pas avoir payé pour télécharger l’album. Les rumeurs annoncent un million de téléchargements et un don moyen de 4€. Qu’en est-il exactement ?
C : On ne connaît pas les chiffres exacts. Ce que je sais, c’est que les premiers jours de mise en ligne, 70% des gens n’ont pas payé et que, doucement, la tendance s’est inversée. On ne peut pas vraiment en dire plus. Le plus important était de permettre aux gens d’écouter le disque aussitôt fini, presque en même temps que nous. Ne pas attendre 3 ou 4 mois que le label arrange sa promo. 

J : Je me rappelle précisément du matin du 10 octobre. J’ai appelé Thom le matin très tôt, excité comme une puce. Il ne restait qu’une heure à attendre. J’ai pris le petit déjeuné avec ma famille et soudain, le disque est arrivé dans ma boite mail. C’était l’aboutissement de 3 ans de travail. A partir de là, un nouveau chapitre était clôturé. Ce matin là et la nuit qui l’a précédé, j’ai eu l’impression de vivre la même excitation qu’avant un concert.


q : Que retenez vous de cette expérience ?
C : Qu’une relation est avant tout une affaire de confiance. On a appris que si vous traitez les gens comme des êtres humains et non comme des voleurs, des pirates ou des criminels, alors ils vous suivront dans votre démarche. Le public a senti que nous lui faisions confiance et, en échange, il nous a suivi. Je crois que la bonne musique finit toujours par trouver son public. Par contre, si le disque est mauvais, la sentence sera définitive et sans appel. Aujourd’hui, tout fonctionne avec la loi du single. Une chanson passe en radio et l’on fait croire que tout l’album est du même cru. Ce qui est totalement faux. Nous ne voulons plus tomber dans cette mécanique. On a lancé cette expérience parce qu’on avait un bon disque en main. Sans cela, nous n’aurions jamais osé.

q : Vous êtes un groupe de paradoxes ?
C : Nous posons des choix dans un monde compliqué. La pop est notre langage. Dans des chansons comme reckoner ou arpeggi, nous osons pousser les choses. On travaille sur le rythme, la rupture, ce sentiment de grandeur et décadence, de montée en puissance et de chute tragique. Pour ce qui est des grands festivals, j’aime y jouer m^ème si je sais que les fans aimeraient nous voir dans des petites salles. Le fait est que certains dans le groupe ne sont pas prêts à partir un an et veulent passer plus de temps chez eux. C’est une des équations avec lesquelles nous devons composer. Avec Radiohead, nous devons nous organiser pour faire plaisir à beaucoup de gens en peu de temps.

q : Où trouvez-vous de nouvelles raisons d’écrire ou de reprendre la route ?
J : c’est notre vie. A travers les disques, les interviews ou les concerts, on cherche avant tout à s’ouvrir au monde, à échanger des choses. Nous sommes reconnaissants de l’intérêt que le public nous porte. Il ne faut pas croire que nous sommes désincarnés. Nous sommes très attentifs et réceptifs à l’amour que les gens nous envoient. Nous en avons besoin comme tous les êtres humains. Le but de notre vie n’est pas de vendre des disques, mais bien de savourer ce qui vient juste après la musique. Les rencontres, les paysages.

C : C’est pour cette raison que les sorties vont se rapprocher. Nous sortirons des morceaux ou des mini-albums, mais nous ne voulons jamais plus revivre cette frustration de l’attente. Il n’y aura jamais plus 2 ans entre 2 disques. Jamais plus. C’est un enfer de pressions, de questions et c’est finalement assez stérile. La musique se fait dans l’échange et pas dans un studio à 5 à se poser des milliards de questions pendant 2 ans.

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Interview

Hiver 1997, rockstyle #23

 

 

Il y a toujours quelque chose d’assez effrayant à rencontrer ses idoles, ou deus groupes en passe de devenir des monstres sacrés des stades. Mais cette angoisse a vite disparu devant Ed O’Brien, guitariste de Radiohead, car le personnage a quelque chose de familier, et en deux minutes, on a l’impression de devenir son pote de toujours, au pub devant une lager, pour parler avec simplicité, franchise et honnêteté des choses de la vie : le succès, le boulot, le foot, et…Eric Cantona!

 

Les choses se passent plutôt bien pour vous en ce moment?

Oui, en effet, on vient juste de commencer la journée, nous n’avons fait que 3 dates pour l’instant, mais devant plus de 20 000 personnes, ce qui fait quand même beaucoup ! On n’a pas l’habitude ! Mais on s’y fait très vite, et je crois qu’on ne se défend pas si mal que ça, de ce sont vraiment de grands moments. En plus, c’est une tournée européenne, et ça nous fait vraiment plaisir, parce que cela faisait longtemps que l’on n’avait pas joué en Europe, et aussi parce que c’est notre terrain préféré.

 

Vous avez fait aussi de gros festivals cet été, vous vous sentez à l’aide sur ce genre de scène?

Pour faire une analogie, c’est un peu comme si Manchester United allait jouer contre le Galatasaraï, ou comme si une équipe anglaise allait jouer en Turquie, ou en Inde, les préparations ne sont pas très bonnes. Un festival comme les Eurockéennes est très intéressant, parce que tu n’as pas de soundcheck, donc tu n’as pas ce sentiment de contrôle. j’ai vraiment aimé ce concert, mais dans ce genre d’endroit, ça peut être ou très bon, ou très mauvais. Et heureusement, celui-ci s’est très bien passé pour nous. Le gros risque reste toujours le son, et si le son est bon, alors tout ce qui te reste à faire, c’est te concentrer sur le public. ce festival en particulier est vraiment très bien, j’ai juste été déçu par la prestation des Smashing Pumpkins, j’ai pas trouvé qu’ils avaient un bon rapport avec le public. En règle générale, nous aimons la communication avec le public.

 

Pour cette tournée, quelques dates ont du être déplacées vers des salles plus grandes, comment ce succès grandissant vous fait réagir?

C’est bizarre, il y a 4 ans, on faisait la première partie de James, et maintenant on tourne en tête d’affiche avec des salles plus grandes qu’à cette époque pour des concerts sold-out, c’est vraiment bizarre, bon, on ne s’en plaint pas, mais c’est, comment dire… confortable. Il faut juste qu’à chaque fois on ajuste nos mentalités à chaque endroit, mais il y a des choses qu’on ne veut pas faire. On ne veut pas être dans la tête des gens, on ne se réclame pas être le meilleur groupe de rock au monde. Nous pensons être un bon groupe, mais nous ne voulons pas faire des tas et des tas d’interviews. Le problème, c’est une utilisation forcenée des médias.  IL fait que l’on fasse des télés, des radios, des articles dans la presse, mais il fait faire attention à ne pas en faire trop. Nous avons des vies privées et nous voulons continuer à être des êtres humains normaux. Des êtres humains normaux qui font ce métier là. Notre ambition tient plus dans la musique que nous faisons que dans les ventes que nous pouvons faire. Nous avons toujours privilégié notre musique, mais dans les six derniers mois toutes ces choses à propos de notre carrière ont largement dépassé la musique. Alors, nous essayons de mettre un frein à tout ça. Pour nous, les choses les plus importantes sont premièrement l’album, et ensuite faire des concerts devant les fans de Radiohead.

 

Est ce que ces ventes énormes sont une surprise pour le groupe?

Oh, complètement, et surtout avec la sensation de ne pas avoir fait de pacte pour arriver à ce résultat, de ne pas avoir vendu son âme au diable ! Pour nous, la musique est la chose la plus importante, ok, je ne dis pas que ce que nous faisons est pur, ou le plus intègre, mais si la publicité se servait de notre musique à des fin commerciales, pour qu’on se mette un maximum de fric dans les poches, alors on arrêterait immédiatement.

 

Mais cet aspect assez commercial de votre musique, ce n’est pas aussi une partie du pacte que avez fait avec votre public?

Oui, c’est exact aussi, mais les fans de radiohead savent que nous ne sommes que cing mecs, cinq amis qui ne connaissent depuis l’école, et ils se trouvent que ces amis là font de la musique, et quand ils se réunissent sur scène ou sur disque en tant que Radiohead, là il se passe quelque chose de spécial, mais que ces cinq mecs-là n’ont rien de particulier, nous ne sommes pas des rock stars. Surtout pas! je crois qu’à ce jour, il y a eu assez de tragédies au nom de cette attitude rock-star : Kurt Cobain, Richie, des Manic Street Preachers… C’est comme si c’était une double vie, Dr Jekill&Mr.Hyde, et que je ne sois pas la même personne qui te parle en ce moment que celle qui joue sur scène, ça ne m’intéresse pas. Je veux, et nous voulons tous, avoir une vie relativement normale, car c’est déjà assez dur comme ça, mais c’est possible d’y arriver.

 

Avec un tel succès, c’est le regard des autres qui change, et qui peut te faire changer, non?

Oui, évidemment, il y a aussi beaucoup de groupes qui refusent telles ou telles choses à leurs fans, et moi je crois qu’il faut respecter ses fans, parce qu’on leur doit beaucoup. Je crois aussi que nous avons de la chance de faire ce style de musique qui émeut, qui donne de l’émotion aux gens. Mais le risque est que puisqu’ils aiment ta musique, tu leur appartiens forcément. Tu ne peux pas les empêcher de penser cela., et pourtant c’est une ligne que tu aimerais bien que personne ne franchisse. Et à chaque instant il faut faire attention à ce que cet équilibre soit respecté. La vie n’est faite que de ça, que d’équilibre des priorités, c’est un équilibre instable, et il u a des choses qui doivent passer en premier, que ce soit ton travail, tes amis ou tes enfants. Dans notre vie en ce moment, il existe un autre élément, et c’est le succès que nous devons gérer en plus. L’important est d’essayer de prendre assez de recul, et de ne pas trop se faire prendre au jeu. Enfin, ce n’est pas un jeu, et c’est tout à fait normal d’être à fond dans quelque chose qui te passionne. Seulement, il y a un moment où tu dois dire "Stop!", et envisager les choses d’un point de vue extérieur. Dans notre cas, si, à un certain moment, nous nous rendons compte que nous perdons de notre ‘normalité’, alors c’est le moment de prendre ce recul nécessaire, et nous resterons calmes pendant une année. Mais si nous ne pouvons nous permettre de ne rien faire pendant toute une année, histoire de mener une vie tranquille, c’est aussi parce que nous vendons des disques ! Pour l’instant nous avons la chance de ne pas être obligés de sortir un disque pendant un an…

 

Peut-être que nous devrions faire comme REM, sortir un album, attendre qu’il soit au top, et puis ne pas faire de tournée, c’est assez dommage, mais des fois il faut passer par là.

 

Sortir un album tous les 2 ou 3 ans, c’est un bon moyen d’échapper à toutes ces pressions, pour se ressourcer?

Non, ce n’est pas un bon moyen, mais nous en sommes pour le moment à sortir un album tous les deux ans, et ça suffit, c’est un bon rythme. Peut-être que nous devrions faire comme REM, sortir un album, attendre qu’il soit au top, et puis ne pas faire de tournée, c’est assez dommage, mais des fois il faut passer par là. Nous adorons partir en tournée, mais c’est souvent une relation partagée entre l’amour et la haine. Et tu sais, j’aurais trente ans l’année prochaine, et peut-être que dans 5 ou 6 ans, je ne chercherai plus autant à vouloir connaître des hauts parce que je sais trop que cela veut dire passer par des bas.

 

Est ce que le groupe a atteint le point qu’il avait toujours voulu atteindre, ou vous vous fixez à chaque fois de nouveaux buts?

Ah oui, notre  ambition est qu’à chaque fois, on continue de produire d’aussi bons disques, et que les concerts soient à chaque fois meilleurs. Mes groupes préférés, les Smiths par exemple, ont toujours sorti jusqu’à leur séparation des disques toujours meilleurs, Pulp aussi, et pour Radiohead, j’espère que nous continuerons à faire des albums aussi bien dans quinze ans. Voilà notre but, faire des albums intemporels.

 

Pour l’instant, "Ok Computer" vend en France plus que le dernier Oasis, comment tu expliques ce résultat avec un album aussi risqué, ça aurait pu signifier un suicide commercial aussi?

Oui, c’est ce que beaucoup de gens disent, mais je crois seulement qu’il fait avoir le courage de ses convictions, et tous les cinq, nous avons pensé que c’est un très bon album. Mais un mois avant sa sortie, nous avions quand même des doutes, et c’est normal parce que nous étions vraiment impliqués avec passion et émotion. Il y a aussi le fait que les médias et les maisons de disque sous-estiment le public. Ok, un disque d’Oasis va vendre beaucoup parce qu’il y a quelque chose de familier, de facile à retenir dans leur musique, mais dans la notre aussi, pas tout le temps, mais certains éléments de notre musique aussi sont entraînants. Mais en règle générale les goûts du public sont sous-estimés, on croit qu’ils ne sont pas capables d’écouter d’autres choses, mais c’est faux ! Prenons par exemple la coupe du monde en 90, une des chansons les plus appréciées de cette année était chantée par Pavarotti, une chanson au format radio, 3 minutes, empruntée à l’opéra ! Tout le monde a adoré ! Le problèmes de toute façon, c’est le fric, à la radio , par exemple, ils veulent que leurs auditeurs soient un public fidèle, alors ils jouent la carte de la sécurité, et ils ne passeront pas des chansons risquées. "Creep" nous a permis d’ouvrir la porte, et "Bends" encore plus parce que c’est un album très accessible, et nous voilà avec notre troisième album et les gens veulent écouter du Radiohead, alors ils l’achètent, l’écoutent et se disent que c’est bizarre par rapport à ce que nous avons fait avant, et puis ils s’y font, les chansons rentrent dans la tête, et tout le monde se rend ainsi compte que c’est un bon album. En plus, je ne crois pas qu’il y ait beaucoup de bons albums en ce moment.

 

Apparemment la politique aujourd’hui est de faire des albums à singles, et pas de se concentrer sur un exercice musical d’une heure, ou plus…

Et c’est vrai, sur le premier album, il y a "Creep" qui est un détonateur dans la carrière du groupe, mais il n’y a pas d’équivalent à cette chansons dans les deux autres albums. Dans "OK Computer", il y a de grands titres, mais pas de singles. Et le problème que nous avons eu après "Creep", c’est qu’il n’y avait pas d’autres titres aussi forts pour lui succéder. Enfin, c’est ce qu’on nous a reproché, et ils avaient certainement raison ! Nous ne voulons plus nous retrouver dans cette situation, nous voulons seulement faire des albums, de bons albums. L’époque des vinyles était une époque fantastique, parce que tu mettais une face et tu écoutais, maintenant, il y a un autre élément à prendre en compte quand tu fais un album, c’est cette fichue télécommande ! A l’époque du vinyle la musique s’écoutait différemment, alors que maintenant c’est très facile, tu ne prends même plus la peine d’écouter jusqu’au bout, tu zappes quand tu veux, la télécommande est une arme très dangereuse !

 

"Ok Computer" ne représente pas un album définitif, mais plutôt un tournant décisif dans votre carrière, un peu comme si vous vouliez mettre les choses au point, est ce exact?

Oui, mais je crois qu’il n’y a pas d’albums parfaits, pour qui que ce soit. Tu peux te rapprocher le plus possible de l’idée de l’album que tu as envie de faire, et c’est tout, parce que la musique est toujours en mouvement, en évolution constante. Et c’est toujours difficile de savoir quand arrêter de faire un disque. Et dans un sens, un disque, c’est comme si on prenait une photo du groupe à un certain moment. Mais il y a un moment où il faut savoir s’arrêter et se dire Ok, on ne peut pas aller plus loin, l’album est prêt.  Sinon, tu n’arrête plus d’enregistrer. Et nous, Radiohead, nous ne suivons pas à la lettre cette recette : enregistrer un album, faire une tournée, et puis revenir à la case ‘studio’. Pendant que nous sommes en tournée, il fait aussi que l’on soit créatif, et là, par exemple, nous avons trois semaines de repos, alors on en a profité pour répéter de nouveau morceaux, en plus c’est un bon moyen pour ne pas se considérer comme un juke box ambulant.

 

Pourquoi avoir appelé cet album "OK Computer", alors qu’il ne contient qu’une petite part de musique vraiment électronique, c’est juste ironique?

Oh, il y avait constamment un ou plusieurs ordinateurs dans le studio quand nous avions enregistré l’album, et nous les avons utilisé de manière assez intense, et pourtant on ne les repère que très rarement. Nous avons toujours voulu entrer en studio et faire nos DJ Shadow, parce que la musique électronique nous attire, et "OK Computer" a été notre sujet de départ. Et pour être honnête, c’est aussi pour dépasser la barrière de la langue, "OK" est certainement, avec Coca Cola, le mot le plus connu et usité partout dans le monde, et "computer" arrive pas loin derrière. Bon, nous n’avons pas choisi ces deux mots pour leur sens uniquement, mais à la différence de "Morning Glory", c’était surtout pour que le maximum de gens comprennent ces mots.

 

Le plus important est que le maximum de gens comprennent les paroles, or vous chantez en anglais…

Oui, mais il y a un sentiment derrière les textes que tout le monde peut comprendre. D’ailleurs,  c’est quelques chose qui nous a toujours étonné et intéressé, car nous avons souvent joué dans des pays non-anglophones, et les gens dans le public comprenaient  le sens et l’émotion derrière les paroles. En plus, on a rencontré des interprétations différentes suivant que l’auditeur soit un homme ou une femme ! Il y a deux sensibilités complètement différentes, et les hommes voient dans cet album un caractère très sombre qui a quelque chose de finalement libérateur, alors que les femmes trouvent l’album très romantique. D’ailleurs, c’est ce que nous en avons toujours pensé ! pas uniquement romantique dans le sens mélo du terme, nous y voyons aussi un romantisme de l’âme, quelque chose de très lyrique. En Angleterre, ce n’est pas facile de parler de ce genre de sentiments, ou alors tu passes tout de suite pour un illuminé ! ET ce qu’il y a de bien avec la musique, c’est que là, tu peux te permettre d’exprimer ces choses, tu as la possibilité de montrer que tu n’es pas seul à sentir ces choses. Et si ceci n’est pas directement notre propos dans notre musique, c’est quand même un trait spécifique à Radiohead.

 

Êtes vous fondamentalement pessimistes? ET si oui, faut-il être pessimiste pour rendre un tel album aussi émouvant?

Je ne sais pas s’il fait pessimiste, tout ce que je sais, c’est que quand nous faisons un album, nous traversons un véritable enfer émotionnel. Nous prenons un pied pas possible, parce que le fait que nous nous connaissons depuis si longtemps et que nous ayons du succès nous étonne toujours. Mais nous nous mettons nous-mêmes une pression incroyable parce que nous sommes sans

cesse à nous demander si ce que nous faisons vaut la peine. Nous traversons des moments intenses, mais nous nous rabaissons constamment, et je pense que cela reflète que nous sommes aussi des êtres humains, parce que même si nous savons que ce que nous faisons est bon, nous n’avons pas une confiance aveugle en nous. Je crois que notre musique renvoie une très bonne image des personnes que nous sommes. Et j’espère que nous allons continuer à ressentir ce doute, parce que le doute de soi-même est quelque chose de très important, il permet de continuer à se poser des questions, et il t’évite de te transformer en maniaque égotique. J’ai horreur des gens qui disent sans cesse ‘moi je’… A part quand il s’agit d’Eric Cantona, parce qu’il est vraiment différent, ce mec! (rires). Désolé…! Mais c’est vrai que j’admire ce mec, il a l’arrogance, il a travaillé dur pour rendre son personnage parfait, il a su transformer son rôle en vraie forme d’art, mais jamais on pourrait être comme lui, parce qu’il nous manque cette confiance qu’il a en lui, ou cette capacité à… On n’est tout simplement pas génial comme lui… C’est lui la rock star, et pas seulement sur un terrain de foot, mais dans tout ce qu’il fait, c’est un peu un philosophe des temps modernes, et c’est con ou risqué ce que je vais dire, mais il est un peu comme Voltaire ! Non, sans rire, c’est un génie ce mec ! (rires).

 

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