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Dans les kiosques

Dans le Télérama de cette semaine, une page est consacrée à Radiohead, avec une interview de Thom et Ed par (l’excellent) Hugo Cassavetti.

Edit : en fait c’était dans le numéro de la semaine dernière… mais on vous proposera bientôt un scan de l’article.

 

(en attendant, voici la partie numérique:

Rencontre avec Radiohead, qui s’explique sur la sortie de son dernier album

Radiohead a bousculé l’industrie du disque en proposant son dernier album à tarif libre sur le Net. "In rainbows" sort maintenant en CD. Un nouveau bijou du quintet d’Oxford.

Radiohead à amsterdam. Photo : Michell Zappa (CC by-sa) http://flickr.com/photos/michellzappa/

Le 10 octobre dernier, Radiohead créait l’événement en proposant son nouvel album en téléchargement libre, à un prix laissé à la discrétion de l’acquéreur – on pouvait même ne rien payer du tout -, ce qui a déclenché la polémique au sein d’une industrie du disque (en crise) dont le groupe semblait vouloir s’affranchir. Trois mois plus tard, alors que l’opération est terminée et que l’album paraît sous un format CD traditionnel, Thom Yorke, chanteur et leader du groupe, revient avec détachement sur le coup de Trafalgar que son groupe aurait orchestré.

« Pour moi, c’était comme faire circuler une cassette ou émettre un programme pirate. On diffuse les chansons et les gens en font ce qu’ils veulent : ils les écoutent, les copient, les donnent ou les revendent… Je trouvais intéressant de se passer des intermédiaires habituels. Ainsi, des gens motivés se confrontaient à une musique qu’ils avaient vraiment choisie sans être influencés par une campagne de communication. » Le guitariste Ed O’Brien prolonge les propos du chanteur : « Le plus drôle fut ce décalage entre la façon dont l’idée a germé et tout le barouf médiatique qui a suivi. Il doit s’agir d’un des actes les moins prémédités de l’histoire du disque. Tout s’est fait en dix jours. Le contenu artistique a été mûrement réfléchi, sa commercialisation, non. C’est agréable, pour une fois, de parler d’un album après sa sortie, de ne pas se retrouver dans la position de l’homme-sandwich prévendant sa came. »

Faute de déclarations d’intention, il ne restait effectivement à l’amateur de musique, livré à lui-même, qu’à écouter, sans préjugés. Et à goûter la joie de la découverte, pure, d’un disque remarquable. In rainbows concilie l’instinct défricheur d’un groupe prêt à toutes les audaces avec une rigueur mélodique retrouvée. Et s’impose, du coup, sans trahir les inconditionnels, comme une introduction idéale à Radiohead pour tous ceux qui butaient jusque-là sur son apparente austérité ou cérébralité.

Tout a été dit à propos de l’opération – plus de 1,2 million de fichiers de l’album téléchargés pour un prix moyen de 5,80 euros -, qu’il s’agissait là d’un privilège de nantis, d’un luxe que ne pouvaient s’offrir que les artistes établis. Peut-être. Mais on peut aussi y voir l’assurance réjouissante d’une formation qui peut compter sur la seule force de sa musique comme argument de vente. N’est-ce pas ce qui, dès le début, a valu à Radiohead son statut si enviable ?

« EMI a été derrière nous dès 1993 et nous a laissé une incroyable liberté, commente Yorke, mais parce qu’on a eu la chance de décrocher un hit d’emblée avec Creep. Voilà qui a conforté ceux qui détectaient en nous le potentiel d’un Pink Floyd : un groupe certes aventureux, mais pouvant rapporter gros. Mais je ne compte plus tous ceux qui ont été cassés par la pression du succès qui ne vient pas, et ce système absurde des contrats pour six albums. La logique des majors du disque n’a plus de sens. Je ne crois plus qu’aux labels indépendants, aux petites structures. Le jour où EMI est entré en Bourse, les considérations économiques ont remplacé les valeurs artistiques. »

Heureux Radiohead qui, dix ans après le classique OK Computer (« On ne pensait pas que ça durerait, on est sacrément fier d’avoir laissé une trace »), peut créer à l’abri du besoin, dans sa bulle. Ce qui ne veut pas dire déconnecté de la réalité. « C’est même le secret de notre attrait. En étant moins soumis aux pressions de la société et du quotidien, on a peut-être une vision plus lucide de l’existence. Cela ne nous rend pas plus optimistes, loin de là, mais plus objectifs. En tout cas, savoir que Haruki Murakami est fan de Radiohead suffit à mon bonheur. Je suis si admiratif de ses livres, qui m’éclairent un peu plus sur le monde dans lequel je vis, que je n’en reviens pas qu’il trouve un intérêt à mes chansons. » Peut-être, tout simplement, parce que le grand écrivain japonais y trouve, à son tour, cette chose rare : un regard sensible, intelligent et non complaisant sur le monde moderne.

Hugo Cassavetti

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