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A perfect Circle – #4 : Girls in Hawaii

Récemment, les membres du groupe anglais Everything Everything déclaraient: “On ne peut plus faire de la musique de la même façon en Angleterre, on a tous beaucoup écouté Radiohead quand on était ados“. Ils sont nombreux à avoir fait de la musique après avoir succombé à OK Computer ou écouté Kid A dans l’autoradio de la voiture de leur père comme Robin Pecknold de Fleet Foxes. Et tous les fans de Radiohead reconnaissent aussi très souvent que leur musique leur a donné envie d’écouter plein de choses, dans un très large éventail de sons et de genres.

Pour relayer cette formidable envie de musique, nous vous proposons les témoignages de musiciens à qui nous avons demandé de raconter leur relation avec la musique de Radiohead: voilà comment une grande chaîne relie Radiohead à ses fans et ceux-ci aux musiciens qu’on a envie d’écouter aujourd’hui, voilà comment la musique circule.
N’hésitez pas à écouter les œuvres de ces groupes qui ont bien voulu nous répondre: faites circuler, faites circuler…c’est ainsi que les auditeurs peuvent contribuer à aider les musiciens à créer et à continuer à vivre de leur création.

 

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Episode 4 : Girls in Hawaii

Antoine Wielemans ; Lionel Vancauwenberghe ; Brice Vancauwenberghe ; Daniel Offermann ; François Gustin ; Boris Gronemberger

Auteur de deux premiers albums au succès public incontestable, Girls in Hawaii propose une musique entre pop et rock pleine de finesse et d’électricité à la fois. La formation belge est aujourd’hui réputée pour l’extrême sensibilité de ses compositions et la forte générosité qui se dégage de chacune de leurs prestations live. Après le tragique décès de leur batteur en 2010, le groupe s’est finalement reformé autour de ses six membres actuels et revient à la rentrée avec Everest, leur très attendu nouvel album. C’est Lionel qui s’est porté volontaire pour évoquer leur retour et son rapport très personnel à la musique de Radiohead.

 

Présente-toi : depuis combien de temps fais-tu de la musique ? Comment vous-êtes vous rencontrés avec les autres membres du groupe ?” type=”h5″ color=”red”]

Je suis Lionel Vancauwenberge, co-compositeur et co-chanteur/guitariste de Girls in Hawaii. Je fais de la musique depuis pas mal de temps maintenant, j’ai commencé vers 13 ans et composé mes premières chansons à 16 ans. J’ai rencontré Antoine, l’autre fondateur de Girls, sur les bancs d’une école à Braine l’Alleud, près de Bruxelles. A cette époque, on avait chacun notre groupe mais il y avait beaucoup de frustrations, de compromis. On a compris que pour nous, la démocratie dans un groupe, ça ne marchait pas. On a alors lancé le groupe Girls in Hawaii en se disant qu’on composerait et arrangerait tout juste à deux. On a fait une démo de nos premiers morceaux, et ça a bien marché : les concerts sont arrivés, on a alors cherché des musiciens avec qui jouer ces morceaux : Nos frères et nos meilleurs potes.

 

Quels sont vos projets actuels ? en cours et à venir ?” type=”h5″ color=”red”]

On s’apprête à sortir notre troisième disque Everest, on est très excités. On prépare le live, on répète beaucoup.  L’écriture du quatrième disque commence aussi doucement.


 

Qu’est-ce qu’évoque Radiohead pour toi ? Peux-tu raconter un moment où leur musique a signifié quelque chose de particulier pour toi ?” type=”h5″ color=”red”]

Radiohead occupe une grande place dans notre galaxie musicale… mais personnellement, je dois bien avouer que j’ai vraiment été en retard. La première fois que j’ai entendu Creep, je n’ai pas trop aimé, j’étais en plein post grunge, j’écoutais des trucs plus durs, je trouvais Creep trop minet.
J’ai loupé The Bends et j’ai snobé Ok Computer à sa sortie, on en parlait tellement. Trois ans plus tard (oui, trois ans je sais…), j’ai complètement flashé sur Paranoid Android lors d’un été magnifique passé avec des amis. On buvait beaucoup et on écoutait le disque en boucle. J’ai adoré et j’adore toujours Climbing up the Walls, surtout la fin ; Karma Police est pour moi un single parfait. J’ai longtemps eu envie de la copier mais je n’ai jamais réussi. Enfin Exit Music est devenu un classique. Ok Computer, pour moi, c’est le disque qui a enterré les années 90 et tout le grunge. L’album parfait pour changer de siècle.

Mais la grosse claque, c’était d’avoir enchaîné avec Kid A. Ce coup là, je l’ai acheté direct à la sortie pour ne pas passer pour un con une nouvelle fois. Avec Everything in its Right Place, j’ai vécu une émotion très rare dans ma vie de musicien, c’est comme si j’entendais l’étrangeté du monde pendant 4 minutes. Cela reste pour moi leur plus bel acte, ce disque et cette chanson d’ouverture. C’est un vrai cadeau pour les gens. Tout le disque est parfait, y a rien à dire, c’est à pleurer, c’est surhumain.

Et puis boum, il y a Amnesiac qui sort, c’est de nouveau la claque seulement six mois plus tard. Pyramid Song est une de leurs trois meilleures chansons selon moi. Puis ce morceau : Life in a Glasshouse, je l’adore, j’ai du l’écouter 300 fois d’affilée. Like Spinning Plates en version live, je l’ai entendu plus tard et je ne comprends toujours pas pourquoi ils ne l’ont pas enregistrée dans cette version. C’est du luxe mais ils pouvaient se le permettre. C’est quasiment humiliant ce genre de constat quand t’as un groupe et que tu composes.
C’est en enchaînant des disques très différents et quasiment parfaits que Radiohead est devenu un groupe qui ne s’oubliera pas. Je n’en connais aucun autre vivant qui a su réaliser cela avec un tel succès public.

 

Est-ce que tu suis encore leur actualité ? Es-tu allé récemment à un concert de Radiohead ?” type=”h5″ color=”red”]

Oui, je les suis mais depuis In Rainbows je me suis un peu distancé d’eux. Je pense que leur influence sur moi a été un peu trop présente et que j’ai voulu m’en détacher. Du coup, je n’ai pas trop aimé The King of Limbs, exceptée Codex que je trouve hallucinante.
Mon dernier concert remonte à l’époque d’Hail to the Thief, à Bruxelles, c’était grandiose. Je les avais vus à la présentation de Kid A mais ce dernier en date était bien meilleur.
Plus tard, il se trouve que j’ai eu la chance de rencontrer les frères Greenwood dans une chambre d’hôtel à Bruxelles pour la promo de In Rainbows. Trente minutes avec eux c’était cool, ils étaient charmants, on a discuté de tout et de rien. Je leur ai donné notre deuxième disque (Plan Your Escape) qui sortait un mois plus tard. C’était très intimidant. Je me souviens de deux gars très souriants et très cultivés de prime abord.

 

Qu’est-ce qui, dans leur musique, t’intéresse ? Es-tu spécialement sensible aux créations de l’un des membres du groupe plus particulièrement ?” type=”h5″ color=”red”]

S’il y a deux mots que j’aime associer à ma musique c’est “magique” et “hanté”… et Radiohead c’est le groupe qui réussit le mieux à utiliser ces deux ingrédients. C’est aussi un groupe qui marie très bien l’inconscient collectif et l’exploration. On entend aussi bien du King Crimson ou les Beatles que du Boards of Canada… C’est quelque chose de très difficile à faire.
Etant guitariste, j’adore le boulot de Greenwood qui est quand même un des grands arrangeurs pop pour beaucoup de musiciens, mais à y réfléchir, ils sont tous incroyables. Les lignes de basse chez Radiohead sont hyper belles par exemple.

 

A ton avis, est-ce que c’est un groupe qui, en une vingtaine d’années d’existence, a changé quelque chose dans la musique ou dont l’influence reste importante ?” type=”h5″ color=”red”]

Leur influence est gigantesque. Ca me fait penser à ce qu’on a dit de A Day in the Life des Beatles, au moment de la sortie de Sgt Pepper : la pop music a, pour la première fois, trouvé sa place dans les musées. Comprendre : La pop devient une forme d’art particulière. Les Beatles ont amené cela en grande partie et je trouve que Radiohead travaille dans ce sens et réussit à le faire également. Evidemment c’est sur beaucoup de lèvres, oser comparer Radiohead aux Beatles. Il y a une filiation. Même si je suis de ceux qui pensent que les Beatles ont fait des prouesses au sommet, j’ai la sensation que Radiohead ce sont les Beatles de ma génération. On peut vivre de vraies prouesses artistiques en direct.
En bémol, je trouve que Radiohead manque parfois un peu d’humour et de ludisme. Mais c’est pour chipoter. Ils sont toujours actifs et très pertinents là où beaucoup d’autres se sont finalement couchés, comme Blur par exemple. C’est très rare au vu de leur succès.

Quels sont tes morceaux favoris de Radiohead et peux-tu nous dire pourquoi ?” type=”h5″ color=”red”]

J’adore les chansons au piano chez eux,c’est instantanément intemporel coup sur coup.
– Pyramid Song donc, c’est la reine. Ses cordes à la fin te rendent immortel.
– We Suck Young Blood, c’est la chanson où Thom Yorke chante le mieux, assurément une de leurs meilleures, pour moi c’est quasi une oeuvre d’art.
Codex aussi, je le disais, est merveilleuse.

Mais mes chansons préférées de Radiohead, il y en a un paquet en fait :

Everything in its right place, c’est une expérience mystique.
– Et oui, Paranoid Android est devenu le mètre-étalon pour beaucoup de groupes. Avec Girls, on a quelques chansons qui s’en inspirent (humblement bien sûr).

(ndlr : on pense alors entre autres à Birthday Call)


Radiohead est connu pour s’être toujours intéressé directement à la manière de vendre et de promouvoir leurs albums de l’option ‘no single’ au ‘pay what your want’ : est-ce que le marketing et les modes de distribution de votre musique est un sujet d’intérêt pour toi ?” type=”h5″ color=”red”]

Oui forcément. Le truc du “Pay what you want” a beaucoup fait parler les gens. Chez les maisons de disques c’est devenu une obsession, ça donnait envie. Toutefois, là où j’aurais pu me dire “Waow” et me sentir envahi d’une grande liberté, j’ai été dubitatif et ça m’est passé à côté. C’est un peu comme si ils avaient détourné notre attention du fait qu’ils avaient eu du mal à faire In Rainbows. Pratiquement comme s’ils s’ennuyaient. C’est en tout cas l’impression que j’ai eue. Après, comme d’habitude, ils ont réussi leur coup et c’était “couillu”.

 

Qu’aimerais-tu ajouter aux lecteurs du site qui ne vous connaîtraient pas encore (et même aux autres) ?” type=”h5″ color=”red”]

On a fait un disque dont on est très heureux, on ne pensait pas pouvoir revenir après le décès de Denis notre batteur, c’est une vraie joie pour nous. C’est un disque très sincère et très brut. Plus mature aussi. On a laissé ce qui est sorti de nous comme ça sur le disque, avec très peu de maquillage. Rien n’a été prémédité.

Pour finir, voici un petit souvenir ramené de leur récent passage en Chine :


 

Everest est en précommande sur des sites comme Amazon ou la Fnac. Et à 11,99€ le CD,  mais surtout 12,99€ le digipack édition limitée (avec un CD de 16 morceaux bonus) et 16,99€ la version vinyle (avec les deux CDs inclus), on ne peut que vous inciter à profiter de ces tarifs préférentiels proposés jusqu’à 2 septembre, date de sortie de ce très attendu troisième album.

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