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A perfect Circle – #2 : Syd Matters

Récemment, les membres du groupe anglais Everything Everything déclaraient: « On ne peut plus faire de la musique de la même façon en Angleterre, on a tous beaucoup écouté Radiohead quand on était ados« . Ils sont nombreux à avoir fait de la musique après avoir succombé à OK Computer ou écouté Kid A dans l’autoradio de la voiture de leur père comme Robin Pecknold de Fleet Foxes. Et tous les fans de Radiohead reconnaissent aussi très souvent que leur musique leur a donné envie d’écouter plein de choses, dans un très large éventail de sons et de genres.

Pour relayer cette formidable envie de musique, nous vous proposons les témoignages de musiciens à qui nous avons demandé de raconter leur relation avec la musique de Radiohead: voilà comment une grande chaîne relie Radiohead à ses fans et ceux-ci aux musiciens qu’on a envie d’écouter aujourd’hui, voilà comment la musique circule.
N’hésitez pas à écouter les œuvres de ces groupes qui ont bien voulu nous répondre: faites circuler, faites circuler…c’est ainsi que les auditeurs peuvent contribuer à aider les musiciens à créer et à continuer à vivre de leur création.

 

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Episode 2 : Syd Matters

Jonathan Morali (auteur, chanteur, guitare, clavier) ; Rémi Alexandre (guitare, clavier, chant) ; Olivier Marguerit  (guitare, clavier, flute, chant) ; Jean-Yves Lozac’h (basse, clavier) ; Clément Carle (batterie, chant)

Après un premier album remarqué par la critique, Syd Matters a très vite trouvé son public, notamment auprès des amateurs de musique folk ou d’expérimentations plus électroniques (parmi lesquels bon nombre de fans de Radiohead post-Kid A). Passant très rapidement du statut d’artiste en solitaire à celui de groupe à part entière, le désormais quintet a depuis su tracer sa route et entamer une discographie déjà impeccable, se reposant sur des albums aux identités fortes et bien distinctes. Le quatrième et dernier en date, Brotherocean, fait étalage de tout le potentiel d’évocation des compositions de Jonathan Morali et du savoir-faire grandissant d’une bande dont les concerts ont aujourd’hui atteint une fort belle renommée.

 

Présente-toi : depuis combien de temps fais-tu de la musique ? Comment vous-êtes vous rencontrés avec les autres membres du groupe ? » type= »h5″ color= »red »]

Je m’appelle Jonathan et je suis leader du groupe Syd Matters. Je fais de la musique depuis mes 15 ans. Cela fait 10 ans maintenant que c’est mon métier. J’ai d’abord enregistré un premier album seul, puis j’ai rencontré quatre autres musiciens au moment de former un groupe de scène. Mais très vite l’envie de bosser avec eux a dépassé le cadre des concerts, les albums suivants étant plutôt des efforts collectifs. Je compose, je maquette et on arrange ça ensemble. C’est mon premier label (Third Side Records) qui m’a présenté Rémi, et lui m’a ensuite présenté Olivier, Clément et Jean Yves.

 

Quels sont vos projets actuels ? en cours et à venir ? » type= »h5″ color= »red »]

Après quatre albums studio et plusieurs B.O, on a décidé de faire une petite pause, chacun se consacrant à d’autres projets. En ce qui me concerne j’ai fait pas mal de B.O ces deux dernières années, et je continue de composer pour la suite de Syd Matters.


Qu’est-ce qu’évoque Radiohead pour toi ? Peux-tu raconter un moment où leur musique a signifié quelque chose de particulier pour toi ? » type= »h5″ color= »red »]

Radiohead est probablement ma plus grande influence. J’avais 17 ans au moment de la sortie de OK Computer. Le choc a été retentissant. La profondeur et la richesse du disque, l’expérimentation sonore, la volonté de proposer quelque chose d’unique, sans comparaison possible. Je suis devenu fanatique du groupe à cette période, au point d’acheter tous les singles et maxi, les faces B étant pour la plupart excellentes. A Reminder par exemple fut longtemps une de mes chansons préférées. Et puis Kid A est sorti et là je me suis pris un deuxième tsunami. C’est probablement l’album que j’ai le plus écouté dans ma vie, tout y est parfait.

 

Est-ce que tu suis encore leur actualité ? Es-tu allé récemment à un concert de Radiohead ? » type= »h5″ color= »red »]

Je continue à suivre leur actualité, The King of Limbs est un album remarquable, peut-être un peu austère mais aventureux, un pas supplémentaire dans la démarche du groupe de ne jamais céder à la facilité. Et puis selon moi c’est un peu l’album de Colin Greenwood. Sa créativité transpire tout au long du disque. Je les ai vus en concert à Paris en décembre 2012, excellent concert ! C’était très impressionnant, alors que je m’attendais à un truc un peu mou dans une salle (Bercy) trop impersonnelle. Au final c’est sûrement le meilleur concert de Radiohead que j’ai vu.

 

Qu’est-ce qui, dans leur musique, t’intéresse ? Es-tu spécialement sensible aux créations de l’un des membres du groupe plus particulièrement ? » type= »h5″ color= »red »]

Ce qui est fascinant chez eux c’est leur constante remise en question. Chaque album semble prendre le contre-pied du précédent. Après Ok Computer, ils auraient pu continuer à écrire des chansons épiques avec des climax émotionnels démesurés…eh ben non. Ils ont pris un autre chemin, opté pour une esthétique plus complexe, plus sombre aussi, mais certainement plus belle au final car moins évidente. Ils n’ont jamais arrêté de chercher, ne se sont jamais reposés sur leurs lauriers. J’aime évidemment le travail solo de Jonny Greenwood pour le cinéma. Je suis aussi celui de Thom Yorke avec Atoms For Peace, mais je pense que c’est surtout sur scène que ce projet prend de l’intérêt.

A ton avis, est-ce que c’est un groupe qui, en une vingtaine d’années d’existence, a changé quelque chose dans la musique ou dont l’influence reste importante ? » type= »h5″ color= »red »]

Après Ok Computer, des dizaines de groupes ont émergé en suivant cette esthétique. C’est comme si Radiohead avait redéfini le bon goût, posé les standards de production et de songwriting de l’époque. Et puis ils ont tout cassé avec Kid A, finies les grandes envolées et les guitares épiques, place à l’electronica et au minimalisme mais avec toujours la même finesse d’écriture et la même sensibilité. Ils ont du coup rendu obsolète l’esthétique qu’ils avaient eux même créée à la fin des années 90. Depuis une petite dizaine d’années je pense que leur influence sur le monde de la musique est peut être moins directe, le style du groupe est devenu une référence, certes, mais ils semblent prendre un chemin plus personnel, plus expérimental, plus intime, et du coup moins universel. C’est finalement l’exact contraire de la majorité des dinosaures de la musique qui au fur et à mesure de leur carrière ont ouvert leur musique au grand public, la plupart du temps au détriment de la créativité.

Quels sont tes morceaux favoris de Radiohead et peux-tu nous dire pourquoi ? » type= »h5″ color= »red »]

Pyramid Song est peut-être ma chanson préférée. C’est pour moi un chef d’oeuvre absolu. L’extrême simplicité et la beauté de la progression d’accords au piano, la complexité presque mystique des arrangements, les paroles, la voix de Thom Yorke. J’ai toujours adoré There There aussi. D’une manière générale, et même si l’album dans son intégralité n’est pas une réussite totale, Hail To The Thief est un disque qui me touche, notamment parce que c’est pour moi la période où la voix de Thom Yorke fut à son apogée. A la fois maitrisée techniquement et nue, parfois brisée, poignante. Les concerts de cette époque sont également les meilleurs pour moi. Et puis il y en a un tas d’autres, Everything in its right place qui sonne comme un manifeste du nouveau Radiohead et qui rompt l’esthétique cosmique de Ok Computer, Paranoid Android qui me fascinera toute ma vie je pense, Morning Bell (version Kid A), etc…

 

Radiohead est connu pour s’être toujours intéressé directement à la manière de vendre et de promouvoir leurs albums de l’option ‘no single’ au ‘pay what your want’ : est-ce que le marketing et les modes de distribution de votre musique est un sujet d’intérêt pour toi ? » type= »h5″ color= »red »]

Oui bien sûr c’est un sujet primordial, surtout à l’heure où le potentiel commercial de la musique s’approche du néant. Il y a là un dilemme que je n’ai pas encore tranché, entre la volonté de proposer gratuitement ma musique, sans aucune forme de contrepartie pour l’auditeur, et la nécessité de gagner ma vie… La démarche de Radiohead est spectaculaire mais on parle évidemment de millionnaires qui ne mettent pas en danger leur existence en proposant leur musique presque gratuitement. Cela ne minimise pas leur prise de position, qui est très louable selon moi, mais qui hélas constitue un exemple très difficile voire impossible à suivre pour la majorité des musiciens. Le problème fondamental pour moi c’est que l’on a trop systématiquement pointé du doigt les internautes qui téléchargent « illégalement » les biens culturels en général et la musique en particulier. Evidemment l’industrie du disque s’est mise à pleurnicher en expliquant qu’on tuait la création musicale si on n’achetait plus leurs disques à 15 euros. Mais moi une fois que j’ai acheté mon ordinateur plusieurs centaines d’euros, mon système d’exploitation (en choisissant parmi un vaste panel de trois ou quatre compagnies qui se partagent le parc mondial…) et mon abonnement mensuel à internet, si j’ai le malheur de télécharger un disque « gratuitement » on me traite de voleur. Ça fait un peu cher le vol je trouve. Je pense qu’il serait temps de demander des comptes aux fournisseurs d’accès internet qui s’enrichissent tranquillement sur le dos des créateurs dans tous les domaines. Ce sont eux les voleurs, pas nous.

 

Qu’aimerais-tu ajouter aux lecteurs du site qui ne vous connaîtraient pas encore (et même aux autres) ? » type= »h5″ color= »red »]

Je ne sais pas combien de temps encore j’aurais le privilège de faire de la musique mon métier et mon activité principale, mais je sais que je resterai amateur et fan toute ma vie. De ce fait je prendrai toujours partie pour les curieux, qui écoutent la musique sans forcément la consommer. Si ça vous dit venez écouter ma musique, téléchargez là « illégalement » si vous voulez, je trouverai bien un moyen de subsister, et le privilège d’être entendu dépassera toujours celui d’être payé.

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4 Comments

  1. Avatar
    5 août 2013 at 9 h 09 min —

    Merci pour cette suite, je désespérais !!! C’est vraiment super intéressant. Vivement le numéro 3 !

  2. Pol
    5 août 2013 at 9 h 35 min —

    J’avoue que ça a été un vrai plaisir de l’interviewer. Faire parler un artiste dont on est fan d’un autre artiste dont on est fan c’est assez jouissif 🙂 Mais je suis d’autant plus content que le contenu est vraiment intéressant je trouve aussi. D’ailleurs j’en retiens avant tout deux grandes phrases : « C’est finalement l’exact contraire de la majorité des dinosaures de la musique qui au fur et à mesure de leur carrière ont ouvert leur musique au grand public, la plupart du temps au détriment de la créativité. » et cette belle conclusion « Si ça vous dit venez écouter ma musique, téléchargez là « illégalement » si vous voulez, je trouverai bien un moyen de subsister, et le privilège d’être entendu dépassera toujours celui d’être payé.«  Rien que dans ces deux messages là, il y aurait tant de choses à dire en retour. :fleur:

  3. Avatar
    5 août 2013 at 10 h 49 min —

    merci, énormément Pol. Justement quand je me remettais à écouter Syd Matters ! Je les écoutais avant Radiohead, j’ai donc fait le chemin inverse mais pour le même résultat : le lien entre Radiohead et les meilleures musiques qui se font aujourd’hui.

  4. Pol
    8 août 2013 at 10 h 01 min —

    J’avoue que ça m’a donné envie de m’y remettre aussi. Je me suis réécouté Brotherocean deux fois depuis. :love:

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