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Thom Yorke on Neil Young 1

Vous en voulez encore du DJThom? Voilà un autre long extrait de son set pour la Brainfeeder Party (la label de Flying Lotus):

Et voilà la meilleure vidéo trouvée de sa sortie allumée chez Modeselektor:

Comme promis, voilà le début de l’interview de Thom Yorke sur Neil Young:

Le 27 janvier 2008, juste avant d’interpréter plusieurs morceaux de In Rainbows dans l’émission de Jools Holland, Thom Yorke fut interviewé par Mark Cooper, un producteur de la BBC qui préparait une émission sur Neil Young. Après l’interview, il put même assister à un rare moment d’impro où Thom et Jonny jouèrent une chanson de Neil Young. Mais l’émission sur Neil Young changea de direction et fut centrée plutôt sur ses collaborateurs, l’interview alors ne fut pas incluse du tout : seuls deux brefs clips étaient jusqu’à présent connus sur YouTube. Wonsy, l’administrateur de Citizeninsane, a eu la surprise, quand il demanda à Mark Cooper une transcription de ces deux extraits, de se voir envoyer l’ensemble de l’interview qu’on ne soupçonnait pas si longue. Chris Hufford et Thom Yorke ont accédé à sa demande de mettre en ligne sans plus d’embarras cette interview extrêmement instructive. On mesure le gâchis d’avoir réussi à faire parler si simplement et si intensément Thom Yorke d’une de ses principales inspirations musicales et de mettre ça dans un tiroir ! Il n’y a pas besoin d’être un fin psychologue pour comprendre qu’il se livre ici lui-même plus que jamais (il a gardé le t-shirt mais c’est tout juste!) et qu’on assiste-là au dévoilement d’un mystère : comment deux musiciens, séparés par deux pays, deux générations, deux vies très différentes, sont en fait des âmes sœurs par la musique.

MC : Thom, est-ce tu te souviens de la première fois que vous avez entendu NY ?

TY : Oui. La 1ère fois que je l’ai entendu j’avais 15 ou 16 ans et j’avais envoyé une cassette de démo à un magazine, ils ont aimé la cassette et ils disaient : « ce type ressemble à Neil Young ». Et moi je me demandais « qui est NY ? ». Alors je suis allé acheter After the Gold Rush et je suis immédiatement tombé amoureux de sa voix. Surtout à 16 ans, à cette époque, 1973, 74, c’était vraiment extraordinaire. Les harmonies vocales de cette époque, etc. Je me suis tout de suite identifié à ça.

MC : Est-ce que c’était à cause du timbre, de la qualité de sa voix –c’est tellement particulier, ça ne ressemble à personne- qu’est-ce que tu aimais dans cette voix ?

TY : Ouais, la fragilité est évidemment émouvante, et son registre aussi. Surtout pendant cette période il montait vraiment très haut et il avait le vibrato le plus doux possible. Mais plus que ça c’était son attitude, la manière dont il laissait les chansons s’installer. Pas seulement dans ATGRush mais tout était question de capter un moment particulier – de dire ce qu’il avait en tête, mais d’en faire quelque chose d’à moitié abstrait. A cette époque j’écoutais beaucoup R.E.M et ce truc à moitié abstrait que j’identifiais chez NY, bien sûr c’était des techniques très différentes. Mais même, peu importe l’époque, c’est toujours ce truc de sortir ce qu’il y a de votre tête, à ce moment précis et de rester complètement sincère. Peu importe ce que c’est, rester sincère. On peut être tenté, surtout quand les gens commencent à écouter ce que vous écrivez, de s’angoisser en pensant à ce que ça donne musicalement, à ce que ça exprime, et blablabla, mais ce qui me frappe c’est que NY ne s’est jamais, jamais inquiété de ça, il est toujours resté absolument sincère …vous savez, the Needle and the Damage Done, la seule manière qu’on puisse écrire une chanson comme ça, c’est que ça sorte de vous malgré vous. Comme une force de la nature. Je veux dire, toutes les bonnes chansons sont comme ça quelque part.

MC : la plupart des artistes, surtout dans la pop ou le rock…enfin tout concourt à obliger aux compromis. Que ce soit la maison de disques ou le public, il y a tellement de voies qui conduisent les artistes à faire des compromis, et c’est ce qui est parfaitement extraordinaire chez Neil –on a l’impression que ce n’est même pas une option pour lui.
TY : ouais, je pense…quoi qu’on ait traversé, j’ai toujours fini par retomber sur un album de NY. Peu importe lequel. Ils vous rappellent où est l’origine, si vous voyez ce que je veux dire- la source ; là d’où tout provient. Et même si vous êtes perdu en route, vous y revenez toujours, vous écoutez sa voix et la simplicité de tout ça, mais c’est une fausse simplicité. Ce n’est pas de la paresse. Ce sont ses moyens à lui et c’est comme ça qu’il fait. Ce n’est pas parce qu’il ne sait pas faire autrement, c’est là qu’il trouve les éléments dont il a besoin….Peut-être que ça vient de la tradition folk. Je veux dire, il y a beaucoup de choses que je n’ai jamais vraiment fouillées. Je n’ai jamais été un super fan de Dylan. J’aime Dylan pour les paroles et tout ça mais je n’ai écouté Dylan qu’à cause de Neil Young. Chez NY, c’est tellement plus vaste et sobre. Alors la question de la compromission, de savoir s’il s’est compromis ou non, je pense que c’était un principe vital. Il est resté fidèle à sa manière de voir, et je pense que ça vient du folk. C’est quelque chose que j’identifie à ça même si je ne comprends pas bien d’où ça vient vraiment. Il est mon seul canal pour comprendre ça.

MC : je pense qu’il y a aussi de l’opiniâtreté. Une opiniâtreté d’artiste.

TY : Ouais, c’est vrai. Pour survivre et rester sincère, il faut être complètement obstiné et il faut être férocement protecteur à l’égard de la force qui vous pousse à écrire. C’est pas quelque chose qui se négocie. C’est quelque chose de très intime et d’inexplicable. Une fois, je suis allé chez lui, quand on a fait ces concerts de charité de NY, pour the Bridge School, et au milieu du salon il y a un piano à queue mais il est comme ça (il montre comment le piano est déséquilibré car les pieds sont bancals). Le pied est cassé ou il y en a plus courts que les autres, je sais pas. Et sa femme m’explique « c’est là qu’il écrit la plupart de ses chansons ». Mais c’est tout de travers ! Vous savez, c’est facile si votre musique est écoutée par beaucoup de gens, de commencer à étendre votre horizon, de vous étendre, étendre et étendre et de tout faire entrer dans le cercle. Mais lui a fait exactement l’opposé, il s’est enfermé dans un petit espace à l’intérieur de son travail et il a protégé ça parce qu’il savait que c’est ça qui allait lui permettre de rester sincère à son art. Je pense que tous les artistes essaient de faire ça. Mais pour moi, il a réussi à être plus offensif que tout le monde parce que ça n’a jamais mis en danger sa musique. Je sais pas, ça ne transparaît pas dans sa musique non plus. C’est jamais…(pause)…si j’avait été lui, j’aurais fait exactement la même chose (il rit).

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