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Radiohead redescend dans l’arène

article paru le 18 juillet 2003

Radiohead redescend dans l’arène

(Reportage)

Le 14 juillet dernier, le groupe de Thom Yorke revenait en France pour un concert dans les Arènes de Nimes, quelques semaines après la sortie de son petit dernier, Hail to the thief. Récit.

 

Records de températures pour un été flamboyant. Partout en France, c’est le 14 juillet. Loin des défilés militaires, c’est plein de jeunes gens cool qui déambulent dans les rues piétonnes de Nîmes, la bouteille d’eau à la main et le sourire aux lèvres. La plupart sont venus de loin, levés à l’aube pour ce qui, déjà, s’annonce comme un événement majeur de l’été. Le groupe qui attire ainsi douze milles personnes répond au nom de Radiohead, se plaît à composer des morceaux invraisemblables et dessiner des bonshommes qui pleurent sur la pochette de ses singles.

L’homme le plus recherché de la ville est petit et fluet, a les oreilles décollées et le regard bancal, la voix chancelante et la démarche hésitante. Une physionomie qui rappelle davantage le souffre-douleur du collège qu’une icône du rock. Et pourtant. À elles – seules les arènes de Nîmes constituent un véritable spectacle.

Pour s’y installer, la foule doit se frayer un chemin à travers des coursives en grosses pierres faiblement éclairées, monter des marches, redescendre… Un jeu de piste fabuleux dans cet édifice historique, mêlé à une excitation grandissante, le tout sous un ciel enfin résolu à plaquer le soleil pour mieux draguer la lune.
Du haut des marches, le tableau est sublime et la foule éblouie. Il y a quelque chose dans l’air qui donne envie de prononcer des phrases ridicules sur la beauté de son voisin.

Pas étonnant donc qu’à l’arrivée du groupe, vers 22h20, l’euphorie soit totale. Première attaque avec le tout frais There There, suivi d’une version prodigieuse de 2+2=5 et ses dernières minutes ahurissantes, probablement les plus adrénaliniques depuis Idiotheque, dont le groupe donnera plus tard une version à faire frétiller tout ce qui possède deux jambes et deux oreilles.

L’éclairage est somptueux, le groupe étonnamment sympathique, Thom Yorke ayant nettement progressé en termes de communication avec son public. Ses potes de musiciens restent plus discrets et se contentent de jouer leur rôle de véritables artisans qui travaillent et modèlent leur matière première. Ils présenteront ainsi un grand nombre de nouveaux morceaux extraits de Hail to The Thief mais également des vieux titres comme My Iron Lung ou Bones, la petite surprise du soir.

Toutes les merveilles de la période OK Computer y passeront : la cyclothymie jouissive de Paranoid Android, le pont fragile de No Surprises, les échos Floydiens de The Tourist, la montée bouleversante d’Exit Music for a Film, la conclusion capiteuse de Karma Police et son piano têtu. Puis Thom Yorke reprendra After The Goldrush de Neil Young. Chef d’ uvre revisité par un virtuose dans un lieu fantasmé, il y a de quoi abuser de l’hyperbole.

Après deux heures et trois rappels, le public quittera les arènes avec cet air radieux et presque incrédule qu’ont les enfants gâtés au matin de Noël. Contrairement à ce qui était prévu, il n’y aura pas de feux d’artifices ce soir-là. Peu importe, pour ceux qui auront eu le privilège de vivre ces instants incroyables, c’est plein de bouquets dans le c’ur.

 

Johanna Seban

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