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Le Cinquième élément

Juillet 1997, Rock&Folk.

 

Interview de Philippe Manoeuvre.

 

Thom Yorke fait la Une du magazine, avec le titre " Radiohead, les désarrois du chanteur Thom Yorke".

 

 

‘le cinquième Elément – Radiohead’

 

A l’heure techno mondiale où l’on s’apprétait à oublier définitivement les créateurs de ‘Creep’, radiohead abat son flush royal avec ‘OK Computer’, sa plus belle collection de chansons à ce jour, présentée avec l’emphase lyrique et l’audace psychédélique qui signent les chefs d’œuvre rock..

 

Barcelone, 23 mai 1997, minuit. "Ils n’ont pas joué ‘Creep‘! Attendez, ne rangez rien, ils n’ont pas jouéCreep‘!". le pauvre journaliste, arrivé de Cuba quelques heures avant le premier concert de présentation mondiale du troisième Radiohead est accroché à la table de mixage du Zeleste, sorte de Bataclan noir et poussiéreux d’où l’on vient de rallumer les lumières crues. Le sonorisateur anglais et bourru comme seuls les gens de sa condition peuvent l’être, continue méthodiquement à arracher les jacks de sa console, le Cubain roule des yeux effarés et nous prend à témoin de son infortune, se tordant les mains avec des "ma" désolés. "Creep"? "Creep"?.

Et pourtant, Radiohead a pratiquement joué tout son nouvel album au cours d’un concert qui a filé vers des hauteurs stratosphériques. ce soir, on a vu et entendu l’un des meilleurs groupes anglais depuis le premier Pink Floyd. Certes, des titres rodés comme ‘The Bends’ ont eu droit à un traitement plein de folie alors que les nouveaux morceaux étaient exposés pour la première fois en public avec une certaine ferveur. Mais dans le ballet des projecteurs à diodes rouges et verts, on se disait que sous deux mois tout ce nouveau matériel enfin rodé serait porté à haute incandescence. ET on ne voit vraiment pas qui pourrait rivaliser avec ces fils d’Oxford dans le championnat des groupes anglais.

Car en plus, ils ont des guitares. Celle de Jonny Greenwood, à droite de la scène, Telecaster, refusant les délires virtuoses pour ciseler des interventions à couper le souffle, explosant comme un violon désaccordé par des sorcières, une cloche maléfique sonnée par le fantôme de Syd Barret, tandis que la guitare d’Eddy O’Brien (Rickenbacker) à gauche, tisse des entrelacs vénéreux, définissant un labyrinthe souterrain de velours moiré pour parfois se fracasser dans des feed-back à faire exploser valves et tubes (‘Karma Police’). La section rythmique; comme on dit dans ces cas-là, assure. Avec ses gros yeux globuleux, le bassiste Colin Greenwood fait ronfler de terribles secousses sismiques. Derrière sa batterie, crâne rasé et yeux mi-clos, Phil Selway approuve ce tapage. Il est l’ancre de ce bateau ivre qui roule et boule sur un océan sans fond et il maintient le contact avec le chanteur, ce maigre cadet de l’espace qui égrène des accords tordus sur la troisième guitare, une grosse Jaguar couverte de décalcomanies enfantines. Thom Yorke frôle la crise d’épilepsie. Pour un titre cyclique ("My iron Lung"), il pose son instrument, et commence à danser, frêle petit Puck électrocuté. Bien vite il revient à sa guitare et lui, et le batteur semblent reliés par un cordon ombilical ou un relais satellite télépathique. Thom Yorke accélère sans cesse, son batteur le cueille et le ramène au sein du groove, méthodique et amical.

Ce soir là, radiohead a volé très haut, se refusant à dramatiser l’affaire ("Creep"). Les chansons de Radiohead n’ont aucune logique, elles sont en train de se faire sous nos yeux. En ce sens elles peuvent rappeler les envols des vieux Byrds. Une heure plus tard, la presse internationale, empilée dans le club Otta Zutz sur les Rambas, laisse exploser sa satisfaction. Bientôt les membres du groupe se mêlent à la fête, cernés de jolies filles. Clairement, les Radiohead reviennent de loin et l’heure est à la fiesta. Jonny descend force tequilas, parle de Bryan Ferry avec qui il vient de faire une séance. Thom Yorke, petites lunettes rondes, coiffure en épis, oublie les stances chamaniques du concert en compagnie de deux jolies Catalanes. On le salue et il se raidit comme si la terre s’ouvrait sous ses pas. "Oh, ne vous inquiétez pas, demain matin je serai en pleine forme, promis." ET il esquive dans la nuit tiède où tourbillonnent des taxis qu’on jureraient sortis d’un scénario d’Almodovar. Le photographe est tout chose :"Tu as remarqué? – Quoi? – depuis notre arrivée… On n’a pas vu un flic !"

 

 

FOUET 

 

Les lois bizarres de la promotion internationale en avaient décidé ainsi : sur près de quarante interviews effectuées par le groupe avec des télés, radios, journeaux en un marathon de trois jours avec des journalistes venus des quatre coins de la sphèren Cuba compris donc, mais également Japon, Allemagne, Suède (même le Pérou était là), c’est R&F qui allait ouvrir le bal. Nous arrivons à l’hôtel Méridien à onze heures cinq et le groupe est à la parade. Comme promis, Thom Yorke est en forme (certainement meilleure que celle d’une demi-douzaine de rock-critics présentant tous les signes de monumentales gueules de bois). On nous assigne une chambre et, comme tout ceci prends des airs de bordel quatre étoiles, le chanteur décide de laisse la porte du couloir ouverte. Divers musiciens, photographe, curieux, et autres lingères jetteront un coup d’œil au cours de l’heure qui va suivre, alors que le maigre chanteur s’agite, yeux mi-clos dans un monde à part. Thom demande une bouteille d’eau, nous optons pur un café.

 

Ce nouveau disque est remarquable, bravo. Mais à l’écoute on se demande quelle est vitre culture. ce qui est frappant c’est que vous êtes un groupe qui n’a aucune racine blues…

Thom Yorke : Je suppose que c’est ça. Nous venons des Smiths réellement et du Velvet Underground, Elvis Costello.

 

Vous étiez des fans des Smith qui ont failli se suicider quand le groupe s’est dissous?

TY : Non pas à ce point là (ironique) mais, certainement, on avait l’impression que Morrissey nous parlait directement, à l’époque, quand j’avais quinze ans. Il nous parle toujours, d’ailleurs.

 

Quel genre d’enfant étiez-vous?

TY : Enervé. Je faisais tout le temps des trucs. Mes parents prétendent que je bousillais presque tout. Ils m"achetaient des vieux postes de télé, je les bricolais, je sortais les pièces, et je les remontais à la façon… Eux disaient que je les cassais. Hum… sinon je faisais pas mal de bicyclette, je la caressais, je la briquais presque tous les jours, des trucs comme ça.

 

C’était à Oxford?

TY : Non, avant ça, dans un petit village tout à fait normal où ils faisaient des forages pour le gravier. Ca laissait des lacs artificiels et des sortes de tumulus ici ou là. C’était bien pour les bicyclettes, vraiment. 

 

Votre premier disque?

TY : j’ai acheté le "Greatest Hits" de Queen. Mais on n’avait pas de tourne-disques à l’époque à la maison, je sais que ça fait fifties ou je ne sais quoi comme souvenir, on n’avait que la stéréo de la voiture de mon père. Alors j’allais m’enfermer dedans avec ma cassette de Queen, je remontais les vitres et j’écoutais ça à fond, c’était cool.

 

Quand vous pédaliez par monts et par vaux, vous aviez des musiques qui vous trottaient pas la tête?

TY : Oui. j fonçais dans le village et il y avait une chanson qui  tournait dans mon crâne encore et toujours la même, ‘Nobody Does it Better‘ de Carly Simon.

 

Puis vous allez à Oxford où vous allez rencontrer les futurs Radiohead…

TY : Enfin oui, juste Colin au début. On allait dans les mêmes parties. Je me souviens aussi qu’il a été expulsé de la classe un jour, mais j’ai oublié la raison. C’était une école privée, donc il n’y avait pas de combats dans la cour de récré, juste cette violence mentale perpétuelle.

 

On vous a fouetté parfois?

TY : C’était strict, mais non, pas de fouet.

 

MANOIR

 

Quand vous repensez à l’histoire de Radiohead, quel est pour vous le meilleur moment de tous? Est-ce la première fois où vous avez entendu "Creep" à la radio, le festival T in the Park devant 25 000 personnes, c’est quoi?

TY: Mon moment préféré à ce stade, c’est quand nous avons enregistré "Exit Music" et Colin a trouvé ce truc à la basse, ce son incroyable, brrrrrrrrrahhhhhh. Je n’avais jamais rien entendu de plus beau sur aucun disque au monde, ça c’est un souvenir fantastique.

 

Dans un article anglais, un des membres du groupe parle de vous et dit que vous êtes "a bit of worrier", une genre d’angoissé…

TY : Tiens donc!

 

Vous vous inquiétez de quoi au juste? Tout a l’air de fonctionner de façon satisfaisante, non?

TY : C’est précisément ça qui m’inquiète (rires). Si on décide de se battre, okay, facile. je sais quoi faire. Mais là je me bats contre moi, ça devient vite affolant.

 

Vous avez une vie en dehors des tournées?

TY: Je pense à une chanson des Talking Heads, "Life During Wartime’. C’est un peu… c’est important d’avoir une vie en dehors de tout ça. Il faut, comme dit un de mes amis, avoir des racines… Parce que sinon… Quand ça va mal, tu pars dans une zone dont une tu ne reviendras jamais. Personne ne prendrait soin de moi… mais c’est dur d’avoir une vie, il faut sans cesse tout ajuster. par exemple, ici je peux faire ,’importe quoi, sans problème… Quand je rentre à la maison, non.

 

Vous avez détruit une chambre d’hôtel?

TY : Nous mais hier soir ça a failli.

 

Pourquoi? Racontez nous ça.

TY: Je suis tombé dans un trou noir, j’étais dans le mur. C’était juste avant le concert. je ne peux pas en dire plus, pas même expliquer. Comment dire? Ca fait un an et demi que ça montait, depuis qu’on a essayé de faire ce disque, essayé de répondre à l’attente et tout m’est revenu dans la tête… J’ai craqué, j’ai failli casser les vitres de ma chambre à coups de poings.

 

Du coup, vous n’avez pas joué "Creep"

TY : Rien à foutre de "Creep" hier. Il paraît qu’un journaliste cubain a essayé d’étrangler notre ingénieur du son après le concert (rires)…

 

Quelle est votre relation avec cette chanson? c’est avec "Smell like teen spirits", un des rares titres clés des années 90. On ne se souviendra tous éternellement de la première fois où on l’a entendue… C’est un classique.

TY : Oui, mais c’est notre prérogative. Nous l’avons écrite et nous la jouerons quand nous le déciderons. On ne la désire pas tous les soirs.

 

C’est un albatros, une malédiction dans votre esprit, non?

TY : Non, du dout. C’est une question d’envie et on la jouera sans doute demain soir, sinon il va y avoir une émeute ou je ne sais quoi.

 

On a reçu le nouvel album hier et on l’écoutait au bureau. Un des journalistes a entendu trente secondes de ‘Subterranean Homesick Alien’ et a déclaré "Houlà, musique de drogués…"

TY : Il est sûr que nous avons écouté plein de trucs durant les séances, du Can, du Neu et on se disait la même chose : "Musique de drogués." (rires) Et puis on a enregistré dans un manoir étrange, un endroit où certaines substances nous ont certainement permis d’acclimater notre perception des choses. Mais surtout, il y avait ce manoir, hanté on ne me l’ôtera pas de l’idée. Ca et le fait d’enregistrer à des heures heu, étranges, mais bon, oui, c’est de la musique de drogués

(rires).

 

Racontez-nous une séance difficile.

TY : A un moment, nous n’étions pas sortis du manoir depuis deux semaines, ni les uns ni les autres. J’étais au bout du rouleau, on n’avait pas de télé, ni de journaux. Et moi j’ai craqué. Donc, je me suis barricadé dans ma chambre, casé. En bas, ils descendaient leur tequila, ils faisaient les rythmiques des "Paranoid Android" et je me suis endormir avec ce bruit de batterie dans ma tête : bom-bo-bom. J’étais fout de rage. Le lendemain, je me réveille, ils me jouent la bande et je commence à chanter "Could you stop the noise / i’m trying to get some rest" et c’était là, waow (rires)!

 

ROUAGE

 

Certains de vos titres font vraiment penser au premier Pink Floyd, on pense à "Lucifer Sam" qui semble avoir inspiré un des quatre mouvements de "Paranoid Android"…

TY : Je n’ai jamais écouté Pink Floyd, à part "Meddle’ ou "dark Side of the Moon". Par contre Jonny connaît bien les premiers Floyd. Mais ce qui nous branche, ce sont les bruits de guitare comme on peut en entendre dans les westerns spaghetti ou les films pornos dégueulasses des années 60.

 

Le cinéma vous aime…

TY : Oh oui, on nous demande sans arrêt "Creep" pour un de ces films dans lesquels Eddie Murphy tue des gens. Ma réaction, c’est ‘Rien à foutre.’. On est sur la BO de Romeo et Juliette, on va faire un truc avec Massive Attack. Mais le but de Radiohead n’est pas d’écrire pour le cinéma.

 

Tout le monde est parti dans une direction plus ou moins techno. Vous sorte un disque strictement guitare, comme s’il ne se passait rien.

TY : Pourquoi, il se passe quelque chose (rires)? Je vais te parler des laddites. Au XVII ème siècle en Angleterre, il y a eu ce personnage, King Ladd, qui a mené une révolte populaire au cours de laquelle les gens ont détruit les machines. L’idée c’était que la machine, bla bla, annulait l’homme. On aurait peut-être de nouveau besoin des laddites. Franchement on a acheté un tas de trucs, ordinateurs, samplers, séquenceurs, on a appris à s’en servir, mais moi, je ne peux pas chanter à travers des machines. J’entends ça partout et j’aime beaucoup. Simplement je suis sur une autre planète. Allez vous faire foutre. Tu te vois disant à un orchestre symphonique "Terminé pour vous les mecs, on a acheté un bontempi"? Par pitié… fuck it (il se sert un verre d’eau)!

 

Sur un seul titre, "Electionnering", vous vous approchez du concept rock’n’roll…

TY : Oui, on a pensé à "Lust for Life". En fait, je voulais faire un morceau qui rappelle le son d’un camion qui rentre dans une maison (long rire silencieux). A côté d’Oxford, tu as ce virage en boucle et c’est arrivé trois fois! trois fois ce pauvre gentleman a vu des 35 tonnes démolir son salon. La maison semble quelque peu abandonnée ces jours-ci…

 

Radiohead ne fait pas de reprises? N’avez vous jamais eu envie de jouer un morceau de quelqu’un d’autre?

TY : Oui, "Because You’re Mine" de Magazine. On travaille dessus. On veut faire un set de reprises. ce serait une sacrée thérapie, on n’a jamais joué un seul morceau de qui que ce soit. On veut faire un morceau des "Talking Heads 77", n’importe quoi de cet album en fait, un titre de REM, 3new test Leper", on ferait bien "2 HB" du premier Roxy Music, bien que je sois incapable de le chanter autrement que Ferry, et puis un titre du Velvet "I’m Sticking With You".

 

Les fans américains de radiohead sont-ils différents de vos fans européens?

TY : Depuis qu’on s’est débarrassés du fan-club d’Offspring, non, plus tellement (rires). Attends, tu as vu ce clip d’Offspring où ces types bodybuildés se cognent en rythme? Ca fout la trouille non?

 

Dans une chanson, hier soir, vous chantiez : "je voudrais que ce soit de nouveau les sixties / Qu’on soit tous heureux de nouveau." Ca semblait intensément vécu…

TY : Oui. Moi, je voulais juste coucher, prendre de l’acide comme dans ces reportages à la télé, tout le truc, mais c’est fini, on ne fait plus partie du mouvement underground, on ne changera plus le monde… Moi je suis allée à la fac en croyant que tout le monde était défoncé midi et soir, qu’on allait  tous coucher les uns avec les autres (rires) et malheureusement tout le monde révisait ses examens et restait cloué sur ses ordinateurs. Quelle déprime! Par chance, j’ai trouvé un ou deux potes, dont le type qui fait nos pochettes. C’était nous contre les normaux.

 

Alors, quelle doit être la position d’un groupe de rock en 1997?

TY : Il y a ces champions du marketing. Tu vas trouver un truc volatile qui est dans l’air du temps, ils vont immédiatement le re packager et le fourguer à mort. C’est ce qu’ils ont fait avec Nirvana par exemple. la différence entre aujourd’hui et les années soixante est que la machine capitaliste est extrêmement performante. Ils peuvent confisquer un truc avant même que ça soit subversif et en faire des paquets de lessive. Moi, je ne peux pas m’inquiéter de qui va écouter notre disque ou quel âge ont nos fans. Ce n’est plus eux contre nous, c’est "tu piges ou tu piges pas?" Point barre.

 

Vous êtes des rouages d’une industrie…

TY : Oui, j’avais remarqué…

 

Et comment on se sent, chez rouage?

TY : On tente de contrôler un maximum. Des singles de six minutes, des posters illisibles. Mais on fait des compromis tout le temps. En Amérique les réalisateurs de cinéma n’ont plus le final cut non plus.

 

TRAMWAY

 

Est-ce que Radiohead est une démocratie?

TY : Présentons les choses comme ça : si on était les Nations Unies, je serais l’Amérique.

 

Donc si le Chili veut jouer "Creep" et que l’Amérique ne veut pas, radiohead ne joue pas "Creep".

TY : Voilà, exactement. Un groupe, c’est une bade de type qui réussit miraculeusement à rester ensemble, à surmonter des drames, et ces mecs passent leur temps à aller droit dans le mur. Quand on a enregistré "Creep", par exemple, personne n’a dit "Oh chouette, on vient de faire un tube.". D’ailleurs on était au plus bas. Désespérés. On venait de perdre notre manager. Qu’est ce qu’on va faire? On n’a plus personne pour s’occuper de nous. Rien. Tout va mal. Et ce matin-là, on a enregistré "Creep". ET pour moi, ce morceau est une leçon. On a assuré ce matin-là, wham, il s’est passé ce que tu sais.

 

Vous êtes fan de science-fiction?

TY : Je n’en ai jamais lu de ma vie. Par contre, j’ai grandi pendant que sortaient les ‘Stars Wars", on m’a donné des robots pour jouer, tout ça. Maintenant je crois fermement à cette théorie selon laquelle une fois que "rencontres Du Troisième Type" a été terminé, ils ont dû le monter à Reagan. Et i la fallu que Reagan, président des USA, donne son accord pour que le film sorte. Si tu veux, ils dirigent nos cerveaux à coup de films. Les extraterrestres? Faisons des films là-dessus. Les X-Files participent du même truc. L’idée de l’extra-terrestre est totalement subversive. C’est l’inconnu total. S’il y a une intelligence supérieure, on fait quoi des gouvernements? Pour l’instant, ils nous préparent.

 

Il s’est passé un truc étrange quand j’ai écouté "OK Computer" pour la première fois. C’était le soir chez moi, je l’ai écouté sur ma chaîne, puis je suis allée dormir. Et là, j’ai fait ces rêves incroyables. Il était question de voyageurs dans le temps, de l’âge de glace en Grande-Bretagne et de la fin des sodas aussi. Je me suis réveillé avec des souvenirs d’une netteté incroyable…

TY : Non! Waow… Tout ça vient du manoir où on a enregistré. Quinzième siècle. La première châtelain est morte en accouchant et elle est toujours là. Ce manoir est dans une vallée où on dirait que le temps s’est arrêté. Tu penses à ta propre mort tout le temps. Dehors tout est silencieux. Pas d’oiseau, juste ces corbeaux. Une nuit, je suis sorti vers quatre heures du matin et j’ai entendu ces femelles renardes qui hurlaient dans la foret, on aurait cru des putain de démons. Horrible. On croyait avoir écrit ce disque. En fait, arrivés là-bas, on a tout changé.

 

Quand on écoute "Karma Police", par exemple, on a l’impression que vous décrivez une société future dans laquelle on éradiquera les mauvaises pensées de la tête des gens…

TY : Personnellement, je conserve mes mauvaises pensée dans un petit carnet noir.

 

Intéressant. Racontez une de vos mauvaises pensées?

TY : Hum… non, je… heu… Je ne pourrais pas…

 

C’est quoi? c’est gore, c’est sexe, c’est révoltant?

TY (long silence. Il se verse un autre verre d’eau) : Franchement, non, je ne peux pas. C’est volontairement  que je ne vous dit rien. Probablement. Mais vous m’avez raconté un rêve, à mon tour de vous en dire un. Ca tourne autour de la chanson ‘The Tourist’, voire même de tout le disque. Je me vois monter dans un train à grande vitesse et je regarde le monde glisser par les fenêtres, alors je fais des polaroids, tous légèrement flous. Et puis le train devient un tramway, très calme, et je vois monter à bord tous les gens que je connais, les gens que j’ai rencontrés dans ma vie. Puis tout le monde descend, ils s’en vont un par un. Et le tram roule dans cette ville ensoleillée. Et moi, c’est mon tour de descendre, mais je ne desce,s pas, seulement je suis en train de mourir, et c’est bon, c’est vraiment bon. Voilà un de mes rêves, mais là franchement je regrette de vous avoir ouvert ma tête de cette façon, c’est trop.

 

Je voudrais finir comme dans "Spinal Tap", vous demander : Si vous n’étiez pas le chanteur de Radiohead, vous feriez quoi Thom?

Je sais très exactement. Je vendrais des trucs que je ne veux pas vraiment vendre à des gens que je n’aime pas vraiment. Puis je rentrerais à la maison et je boirais de l’alcool.

 

EPILOGUE

 

S’en est-il rendu compte? Thom Yorke nous a presque desservi mot pour mot la réponse de Nigel Tuffnel à son interviewer Marty DiBergi dans "Spinal Tap". ready, steady go, il est temps de partir. On se serre la main plusieurs fois. Dans Barcelone, les foules annonciatrices d’Un Grand Prix de Formule 1 ont commencé à envahier les rues, avec leurs casquettes Ferrari et leurs tee-shirts Scuderia. Sur la route de l’aéroport, le taxi passe devant la Casa Milà, un donjon hélicoïdal de Gaudi qu’on jurerait réservé à quelque pochette de saint Ozzy Osbourne. Dans l’avion, rapide réécoute du disque "OK Computer". Au dessus des nuages, on comprend que Radiohead pourrait nous aider à regrouper nos idées sur divers suets tels la tragédie, le mélodrame, la pornographie, les mathématiques, la psychologie, l’histoire, la géographie, les épigrammes et toutes ces collections idiotes que nous faisons depuis des années. Pour tout cela et pour la fin du siècle aussi, on va pouvoir réécouter cette drôle de radio qui jouera désormais dans nos têtes. radiohead.

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