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Interview de Thom (partie 2/2)

Suite de l’entretien entre David Byrne et Thom Yorke. La première moitié est toujours lisible dans cet article.

David : Savez-vous, plus ou moins, d’où viennent vos revenus ? A mon avis, c’est en fait vraiment très peu de la musique en elle-même ou des ventes de disques. Je dirais beaucoup plus des tournées et probablement de tout ce qui est licences. Pas pour des publicités, mais de films ou d’émissions/séries tv qui utilisent votre musique.

Thom : Oui, c’est à peu près ça.

David : Et pour certains, le cout des tournées est vraiment faible, alors ça devient très rentable, et ça leur suffit.
Thom : Nous partons toujours en tournée en nous disant , "cette fois on ne va pas beaucoup dépenser, cette fois on va pas faire les choses en grand". Et puis, "oh, mais on a besoin de ces claviers, et ces lumières". Mais actuellement notre revenu principal vient des tournées. Ce qui est difficile à admettre parce que je n’aime pas cette énorme dépense d’énergie qu’implique le voyage. C’est un désastre écologique de voyager, tourner.

David : Il y a les bus au biodiesel et tout ça.
Thom : Oui. Mais je veux dire, par exemple aux USA, tout le monde conduit. Alors comment allons-nous influencer sur ça ? L’idée est de jouer dans des lieux municipaux où les transports publics sont une alternative intéressante à la voiture. Et minimiser l’équipement à transporter par les airs, tout faire voyager par bateau. Mais c’est difficile le bateau.

David : (rires)
Thom : Si vous allez sur le Queen Mary par exemple, c’est encore pire qu’un avion en terme de pollution. Alors l’avion devient la seule option.

David : Et ça vous rapporte le téléchargement de In Rainbows ?
Thom : En terme de revenus sur tout ce qui est digital, on a récupéré plus d’argent avec cet album qu’on a aura jamais avec tous les autres réunis. C’est dingue. C’est en partie dû au fait qu’EMI ne nous donne rien des ventes en ligne. Tous les contrats signés à une certaine époque n’ont pas pris ça en compte.

David : Quand votre album sortira sur CD en janvier, monterez-vous votre propre firme ?
Thom : Non, ça va redevenir plus traditionnel. Au début quand l’idée nous est venue, on n’avait pas prévu de sortir l’album de manière physique. Et puis après quelques temps, on s’est dit que ce serait un peu snob. (rires). A, c’est chercher les problèmes, et B c’est snob. Maintenant ils parlent de le diffuser à la radio et ce genre de trucs. Je suppose que c’est dans l’ordre des choses.

David : Je réfléchissais à la manière dont sont en train de changer les modes de distribution des CD, les magasins de disques et tout ça. Mais nous parlons de musique. Qu’est-ce que la musique, que fait la musique aux gens ? Qu’apporte-t-elle aux gens ? C’est de ça qu’il est question, pas de tout le reste. Le reste ce n’est que le panier de courses.
Thom : Le mode de livraison.

David : Mais les gens paieront toujours pour vivre ça. Des communautés se créent avec la musique, pas seulement aux concerts, mais en parlant avec vos amis. En faisant une compile à vos amis, vous établissez une relation. Cela implique qu’ils doivent y faire honneur.
Thom : Oui, oui, oui. Je réfléchissais pendant que tu disais ça : comment une maison de disques peut mettre la main là-dessus ? Ca me fait penser au livre No Logo dans lequel Naomi Klein décrit comment les gens de chez Nike paient des gars pour qu’ils aillent trainer avec les jeunes dans la rue. Les maisons de disques doivent agir pareil, mais personne ne m’a jamais expliqué comment. Je veux dire, est-ce qu’ils vont sur les forums de discussion en laissant des messages "avez-vous écouté ceci… ?" Peut-être qu’elles le font. Et ensuite je pense à ce film sur Johnny Cash, quand Cash marche et dit : "je veux faire un disque live en prison", et son label pense qu’il est cinglé. Il a en quelque sorte senti ce que les jeunes voulaient et lui ont apporté. Alors que maintenant, je pense qu’il y a un manque de compréhension. Ca n’a rien à voir avec qui entube qui, ça n’a rien à voir avec des questions juridiques, et ça n’a rien à voir avec les DRM et tous ces trucs. C’est  juste si la musique vous touche ou non. Et pourquoi vous inquiéteriez-vous d’un artiste ou d’une compagnie qui se font copier leurs musiques si la musique en elle-même ne vous touche pas ?

David : C’est estimer que le mode de distribution est en opposition avec le côté relationnel et émotionnel de la chose…
Thom : C’est estimer la compagnie ou l’intérêt des artistes plutôt que la musique elle-même. Je ne sais pas. On a toujours été plutôt naïfs. On n’a pas d’autre choix que ça. C’est la seule chose évidente à faire.

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