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Dazed&Confused (1)

C’est sûr, c’est mieux en anglais, mais pour tous ceux qui voudraient lire en français l’article à paraître dans le numéro de février du magazine Dazed and Confused, voici un essai de traduction. D’abord pour vous faire patienter, la partie la moins intéressante, l’intro.

La fission de l’aTome

 
Cela fait trois jours que Thom Yorke est rentré d’Australie après avoir terminé l’énorme tournée du King of Limbs Tour de Radiohead. Assis dans le hall d’un vieil hôtel pittoresque du centre-ville nord d’Oxford, il est immédiatement reconnaissable mais se démarque par sa tournure frêle et passe-partout au milieu du va-et-vient des étudiants et des touristes. Une barbiche dense et grisonnante dessine son menton, et de longs cheveux bruns encadrent son visage angulaire, autour de son légendaire regard asymétrique.

A l’époque des ultra-protections, c’est une surprise réconfortante de le trouver tranquillement assis à côté d’une cheminée en train de siroter de l’eau pétillante dans cette relique relookée, plutôt qu’enfermé dans une suite sans âme entouré d’une troupe de conseillers. Il n’y a pas beaucoup de rock stars qui se sentiraient bien en train de faire une interview à la portée des oreilles du public, sans parler de tous ceux qui les évitent carrément.Yorke n’a jamais apprécié de voir sa vie disséquée par les autres sous le prétexte de vendre des disques. Quand vous approchez des 30 millions d’albums vendus et que vous êtes auréolé du titre de l’un des compositeurs les plus influents de l’histoire de la musique, vous pouvez comprendre son point de vue. Si vous voulez des réponses, écoutez les paroles de ses chansons.

Lorsque nous l’avions mis en couverture la dernière fois, en 1996, Yorke était sur le haut de la vague du succès du deuxième album, décisif, de Radiohead : the Bends. A cette époque, le personnage assumé de perfectionniste barré obérait complètement le type normal : il s’était installé dans une pièce tout seul avec un Dictaphone et quelques bouteilles de vin, s’était énervé et avait fini par s’interviewer lui-même. Ce qui en était sorti était le portrait fascinant, entêté et schizo d’un jeune homme de 27 ans, pris dans les affres du succès international et pourtant complètement déconnectée de la personne qu’il voyait dans le miroir. Un an plus tard, à la suite du succès commercial transcendant les genres d’OK Computer, quelque chose chez Yorke « lâcha” et il s’enfonçait dans une profonde dépression, perdant confiance dans tout ce que lui et le groupe représentait, jusqu’à ce qu’ils ressortent la tête de l’eau en 2000, avec Kid A. Il avait alors convaincu ses amis d’enfance d’embrasser une approche totalement et radicalement nouvelle, remplaçant les lignes de guitare par des synthés et des boîtes à rythme. Cela leur aliéna pas mal de fans d’indie-rock mais fut la clé de la longévité du groupe. Ils se sont tenus dès lors à cette formule, avec Amnesiac, Hail to the Thief, In Rainbows et the King of Limbs en renforçant leur réputation comme étant l’un des rares groupes des années 90 à avoir réussi sans cesse à redéfinir leurs paramètres musicaux et à rester culturellement pertinent.

Maintenant, à 44 ans, la faim insatiable de nouvelles formes d’expression de Yorke l’a conduit dans une quête parallèle en solo au cœur des territoires numériques de la dance-music. La première réalisation importante dans cette voie fut The Eraser, en 2006, album composé entièrement sur son portable. Kanye, Pharrell et Lupe Fiasco étaient tellement fans du titre éponyme qu’ils formèrent un éphémère supergroupe pour en rapper un remix juste pour le fun. Depuis, ces propres remixes de DOOM, Liars et Major Lazer et ses collaborations avec Flying Lotus, Four Tet et Modeselektor ont distingué Yorke comme faisant partie de la renaissance de la vraie EDM (Electronic Dance Music). Il avait même emprunté à Daft Punk leur casque lors d’une fête d’Halloween à l’Hollywood Forever Cemetery, plongeant les ravers sous le choc dans un vortex de pop culture dont certains ne se sont pas encore remis.
Le mois prochain cela fera 20 ans presque jour pour jour que sortait le premier album de Radiohead, Pablo Honey. Yorke dévoile AMOK d’Atoms for Peace, le premier projet du groupe qu’il a développé sans Radiohead. Le collectif- Flea chef de la basse funky, le percussionniste Mauro Refosco, le batteur Joey Waronker et le producteur au long cours de RH Nigel Godrich- s’était initialement constitué en 2009 pour jouer live The Eraser pour une série de concerts américains. Leur alchimie musicale avait été tellement palpable qu’à la fin de leur tournée ils avaient migré sur les terres de Flea pour fêter ça. Ecoutant du Fela Kuti, ils se sont enfermés 3 jours dans un studio du coin et ont commencé à délirer sur d’autres expériences de Yorke sorties de son portable. Fruit du travail par les machines des résultats, remixées par la suite, les 9 pistes d’AMOK brouillent ingénieusement les lignes entre le rock mélancolique de Radiohead et la production dominée par le rythme qu’apprécie particulièrement la nouvelle génération d’amateurs de basses fréquences. Les puristes de l’EDM pourront le dénigrer comme un projet issue de la vanité d’une bande de rockers vieillissants, rien ne pourrait cependant être plus loin de la vérité : AMOK est un modèle de l’art de la chanson moderne, peu importe le genre.

Bien sûr, rien n’annonce qu’on va finalement réussir à tirer du frontman notoirement emporté une révélation sur sa manière de créer une musique toujours aussi obsédante. Fort heureusement, dès la première minute de l’entretien, Yorke donne à Dazed une indication positive sur son humeur du jour : « Je suis toujours crevé quand je reviens de tournée. Je m’en sors juste maintenant, vous avez de la chance », dit-il d’une voix douce et décontractée, les yeux malicieux. « Pour être honnête, si ça avait été hier, vous auriez regretté de m’avoir connu. J’aurais plutôt été du genre « dégagez de mon chemin ». Mais aujourd’hui ça va, ça va bien se passer. » Ouf !

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