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“Peut-être qu’ils font de la meilleure musique maintenant?”

Suite de l'entretien de Stanley Donwood avec Evan Pricco, du magazine d'art Juxtapoz

Juxtapoz: Est-ce que vous collaborez beaucoup avec Thom Yorke sur les albums de Radiohead?

SD: Oui, beaucoup. On parle à bâtons rompus. Cela dépend des circonstances. Sur certains albums on a travaillé plus étroitement que sur d'autres. Tout dépend du temps qu'on a et de la manière dont progresse la musique. De toute évidence, la musique est prioritaire.

J: Est-ce qu'ils vous appellent parfois pour vous faire écouter quelque chose et vous trouvez que c'est nul?

SD: De temps en temps je dis, "c'est super!". Que des commentaires positifs. Si je reste silencieux, ça peut les inquiéter..Ah! Ah! Non…Je suis à peu près sourd quand il s'agit de musique, je n'y connais rien.

J: Alors, comment travaillez-vous avec Thom Yorke?

SD: On peint beaucoup. On en affiche plein sur les murs et ça bouge parce que Thom a une manière très immédiate de réagir aux tableaux quand on travaille. Je suis du genre à dire "ta, ta, ta…" (…), j'essaie toujours de mettre de l'ordre. Ce qui est bien d'un côté. Mais c'est une super collaboration parce que si ça ne tenait qu'à moi, ce serait trop minutieux."

J: Donc ça vous plaît de faire ça ensemble?

SD: Ouais. On a peint quelque chose ou on a quelque chose sur l'ordinateur et Thom arrive et fout tout en l'air, et met un vrai bazar et moi je dis "OK, je vais mettre encore plus de bordel" et lui répond: "Mais t'as fichu en l'air tout ce que j'ai fait!". En gros, ça se passe comme ça, chacun explosant le boulot de l'autre jusqu'à ce qu'on soit contents!"

Evan Pricco revient alors sur la conception des artworks de In Rainbows. Stanley raconte qu'ils étaient dans un coin perdu, enregistrant dans ce château délabré, le groupe habitant dans des caravanes dans la cour et lui dans un tipi pendant plus d'un mois. Il précise que contrairement à leur enregistrement de cette année à Los Angeles où toute la blogosphère s'était donné le mot, ce qui leur a posé des problèmes, personne ne les embêtait alors, perdus au bout de leur petit chemin. Très habité par l'idée que la fin du monde était proche et par toutes les angoisses écologistes, Stanley a commencé à dessiner des centres commerciaux désertés encerclés de débris de voitures, des lotissements sans fin. Beaucoup de bâtiments. Mais quand il a entendu la musique que Radiohead était en train d'enregistrer, il a réalisé qu'ils étaient très loin de ça, leur musique étant plus beaucoup charnelle, sensuelle et sexuelle, et pas du tout architecturale et rigide. En revenant vers sa planche à dessin excité par l'idée d'avoir à tout recommencer, il a renversé de la cire qui s'est répandue sur ses maisons d'une manière qui lui a semblé très intéressante. Il explique plus en détail l'ensemble du processus qui l'a alors conduit à expérimenter  en peignant avec des seringues pour créer un dessin qui lui convenait.

J: Et la palette des couleurs?

SD: C'est quelque chose que Thom a trouvé sur un site météorologique bizarre. On regardait des sites de météo avec plein de photos prises de satellites de blocs de glace et des pôles. L'une de ses images avait été récupérée par Thom comme fond d'écran, avec des données météorologiques écrites dans ces couleurs. C'était absolument magnifique. J'ai converti tout ça pour en faire des couleurs. L'une de ces polices est utilisée par la signalisation routière aux Etats-Unis.

J: Quelle est votre chanson préférée d'In Rainbows?

SD: "Videotape". Elle me fait pleurer à chaque fois que je la vois jouée live. Ca me démolit complètement. C'est fantastique. Si je meurs j'aimerais qu'on joue ça à mon enterrement. C'est la chanson la plus horrible, la plus triste que j'aie jamais entendue de ma vie! On en était à la production de l'album, et on était assis dans le studio à Londres avec Nigel et on s'est mis à pleurer tous les deux, assis là sur ce canapé. Je ne pouvais pas m'en empêcher.

J: Qu'est-ce que vous avez tous à pleurer chez Radiohead? J'ai lu des trucs sur Thom pleurant aussi.

SD: J'ai trouvé ça gênant que mon ami puisse me faire pleurer en chantant. Ce n'est pas comme s'il m'avait fait du mal ou quelque chose comme ça. Je crois que ça a commencé avec Exit Music, qui me fait cet effet-là aussi.

J: Vous êtes très sensible à leur musique…

SD: Je n'aimais pas cette sorte de musique quand j'ai commencé à travailler avec eux…

J: Mais vous étiez tous des gosses!

SD: Je sais. Je préférais la techno, l'acid house, le genre qui va avec l'ecstasy…Pourquoi j'aurais écouté du rock? Ils jouaient avec des instruments réels alors qu'il y a des machines qui font ça très bien? Et puis petit à petit, j'ai aimé quelques trucs sur The Bends, beaucoup de trucs sur OK Computer, et presque tout sur Kid A, en fait tout. Et j'ai de plus en plus apprécié leur musique… enfin, peut-être que c'est seulement parce qu'ils en font de la meilleure maintenant…

http://www.juxtapoz.com/Evan+Pricco/26634-a-stanley-donwood-interview-part-3

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