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Daniel interviewe Thomas (2): le bon vieux temps

DC : Et comment vous êtes-vous intéressé au reste ? Vous vous intéressiez aux ordinateurs quand vous étiez enfant ?

TY : Et bien, je suis venu assez tard à l’électronique parce que notre groupe faisait partie de la vague qui rejetait tout cela. Quand on a commencé en 1991, 1992, il y avait des choses très intéressantes qui se passaient en Grande-Bretagne côté électronique –Warp Records sortaient des trucs de dingue. Mais ce qui était excitant c’était encore les guitares, et, en temps que groupe, on s’est lancés là-dedans. On est revenus aux ordinateurs plus tard. Il y avait un truc intéressant à l’époque quand on commençait un groupe c’était queon était en studio, on te présentait à un producteur et de l’autre côté de la glace, les mecs t’appelaient en te demandant « tu peux refaire ce morceau-là ? tu peux essayer avec une autre guitare ? » J’ai toujours trouvé ça un peu bizarre parce que je sentais que j’aurais préféré être avec eux, dans leur pièce, à enregistrer ces petits bouts.

DC : c’était pas pour essayer de contrôler tout…

TY : non. C’était juste « bon sang, qui êtes-vous ? »(ils rient tous les deux). Et puis l’évolution des ordinateurs a fait qu’on a pu les enregistrer directement. Alors quand c’est arrivé, j’ai pensé, c’est assez marrant, « ok, je vais apprendre à faire ça parce que je comprends bien cet aspect.» Et par chance, on travaillait avec notre ami Nigel, avec qui je travaille toujours, et il était vraiment d’avis que les frontières devaient se confondre. Vous savez, comme musiciens, on est assez dans la technique- surtout Jonny et Colin. Je crois que Jonny a appris à programmer en langage C avec mon frère quand il avait 12 ans. Je me souviens sortir de la chambre de mon frère le matin et le voir en train de lire un livre de programmation. C’était fou. Voilà le genre d’école qu’on a fréquentée. Je me souviens que les gosses à l’école étaient tout fous quand ils parvenaient juste à imprimer à partir de l’ordinateur le mot « pipi » ou n’importe quoi !

DC : on avait des cours d’informatique à l’école mais on n’est pas allés plus loin (ils rient). J’imagine que ce qui m’a toujours fasciné c’est cette idée que tu es dans un groupe, vous voulez commencer à enregistrer, vous décrochez un label, un producteur, et puis il y a cette pression pour sortir un truc et vraiment trimer. Est-ce que c’est quelque chose d’absolument nécessaire, spécialement avec du nouveau matériel, qu’il faut juste amener devant un public jusqu’à ce que ça soit fignolé et mis en forme ?

TY : Et bien, on a été dans une situation bizarre vraiment, parce qu’on est sortis de l’Université et on a mis le groupe de côté. Et puis quand on a fini l’Université, on a déménagé tous ensemble dans une maison et on a commencé à faire quelques concerts, et tout de suite, en revenant de répétitions ou d’un concert, sur le répondeur des mecs des maisons de disques voulaient nous voir. C’est arrivé sans qu’on ait le temps de s’en apercevoir.

DC : ça vous excitait ou bien vous étiez méfiants ? Je pose la question parce que moi dans ce type de situations, quand tout à coup tout semble prendre son envol, je deviens anxieux et je m’inquiète « où ça va ça ? où ça va ? » Je le fais encore.

TY : d’abord j’ai été très méfiant « et vous, vous avez vu le programme d’abord ? »,c’était plutôt ça que « tu sais, peut-être que je suis brillant après tout ». Au lieu de ça, je me disais « je ne peux pas vous faire confiance parce qu’il est évident qu’on va faire partie du troupeau. » Mais après on a rencontré les gars qui s’occupaient d’EMI à l’époque en Grande-Bretagne, on est allés chez Parlophone et il y avait des disques d’or des Beatles et de Queen au mur et on était comme ça « merde. On fait partie de ça… » (ils rient). Ils avaient Pink Floyd aussi.

DC : Vous êtes un fan de Pink Floyd ?

TH : pas de toute leur musique mais surtout je suis admiratif de la manière dont ils pouvaient faire exactement ce qu’ils voulaient. Et le mec qui dirigeait la compagnie à l’époque avait travaillé avec eux et il nous a dit : « je n’attends pas que vous fassiez tout de suite de grandes choses mais j’ai un bon sentiment avec vous les gars, alors prenez votre temps. »

DC : c’est incroyablement bon d’entendre ça.
TY : Je sais. C’était un gros contrat pour nous. Après ça a fini par changer complètement, c’est devenu horrible quand ça a été acheté par un idiot. Mais à l’époque…
DC : il y avait les bonnes personnes dans le coin.

TY : Ouais. C’était assez excitant. C’était bizarre aussi parce que les maisons de disques à l’époque étaient d’énormes, d’énormes empires.

CD : ils contrôlaient toute l’industrie musicale.

TY : Ouais, et tellement à l’ancienne. Ils possédaient Abbey Road, et ils avaient des appartements sur Abbey Road où le directeur d’EMI nous laissait nous installer, et il envoyait par avion sa Daimler ou je ne sais quelle voiture- sa grosse limousine noire-, à Los Angeles quand il venait pour une réunion.

DC : (il rit) Mon Dieu !

TY : C’est pas une blague. Les frais généraux…

DC : Le bon vieux temps.

TY : Quand on s’est retrouvés à Los Angeles, il y avait tous ces groupes en cheveux, les putains, la cocaïne…ça continuait comme si rien n’avait changé. On était soufflés.

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16 juillet 2013, hippodrome Capannelle, Rome, Italie

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