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Daniel interviewe Thomas (1): comment j’ai piqué Jonny à mon frère

On sait que Daniel Craig est un « Radiohead-head » car où qu’il soit il se précipite à leurs concerts, et on sait aussi que Thom est un fan de James Bond ! Donc ils étaient entre gentlemen, récemment à Los Angeles, et c’était presqu’une interview croisée.
[testimonials]

— Interview magazine, http://www.interviewmagazine.com/music/thom-yorke
Daniel Craig : C’est la première fois que j’interviewe quelqu’un, alors si je pose une question stupide, envoyez-moi promener !

Thom Yorke : Okay…sûr(rire). Vous avez quitté New York ?

DC : Ouais. Je suis sur la route du retour à NY, je passe le week-end. Et vous, vous êtes à Los Angeles alors ?

TY : Ouais, je répète avec le groupe.

DC : Atoms for Peace.

TY : oui.

DC: vous allez bientôt partir en tournée, c’est juste aux E-U ou partout?

TY : on va d’abord en Europe en fait. On commence à Paris. Super glamour non ?

DC : J’ai lu quelque part que vous alliez jouer avec AfP dans de plus petites salles qu’avec Radiohead ?

TY : oui, à peu près. En fait les gens ne savent pas vraiment qui on est. C’est un peu bizarrement foutu parce que le fait que ça ne s’appelle pas « moi »- ça s’appelle autrement- et bien les gens ne font pas forcément la connexion, c’est plutôt dingue. Donc c’est un peu comme tout recommencer depuis le début et essayer d’attirer l’attention des gens : « c’est ce truc-là. »Et en même temps je ne peux pas bien l’expliquer autrement parce que ce n’est pas vraiment un groupe non plus. C’est plutôt quelque chose fait pour les concerts parce qu’on ne savait pas vraiment comment ça allait marcher. Donc il y a des petites salles et des plus grandes.

DC : Vous vous couvrez là non ? Parce que je suis sûr que tout le monde va se ruer pour vous voir. Moi en tout cas je vais y aller. Vous faites ça parce que  vous sentez que vous maîtrisez mieux les choses comme ça ? Ou c’est juste une façon normale de faire ?

TY : Je ne sais pas si c’est normal. Je veux dire, au fond, je ne sais pas du tout comment ça va tourner, juste eu l’idée de départ. Mais on ne peut jamais être sûr du résultat – et je suis content de n’avoir rien tenu pour assuré parce que c’est comme d’avoir une toute nouvelle tête et attendre qu’on vous reconnaisse. C’est exactement comme ça que ça me fait. Et c’est une situation bizarre de commencer quelque chose de nouveau sans le grand drapeau Radiohead, qui garantit cet incroyable niveau d’attention. C’est bien de l’ôter, mais c’est un peu comme se jeter à l’eau aussi.

DC : En dehors de l’aspect collaboratif du projet, et j’imagine tous les trucs formidables qui accompagnent le fait de jouer avec un nouveau groupe de gens- est-ce qu’il y avait quelque chose en vous qui voulait essayer d’autres choses parce que vous sentiez que vous aviez besoin de ça pour continuer à être créatif et à avancer ?

TY : Complètement. Je veux dire, essayez d’imaginer ça : en fait j’écris de la musique et je joue avec les mêmes types depuis que j’ai 16 ans.

DC : Je ne peux pas vraiment l’imaginer mais je peux m’en faire une idée et de tout ce que ça implique.

TY : que des garçons et tous issus d’écoles de garçons (rire)

DC : comment la musique est-elle arrivée dans votre vie ? Moi je sais comment ça s’est passé pour moi et le fait de jouer. Soudain, c’est apparu dans ma vie et j’ai su que c’était tout ce que j’avais toujours voulu.

TY : Comment c’est arrivé pour vous ?

DC : J’ai grandi près de Liverpool, et il y avait vraiment une bonne scène théâtrale là-bas, on allait beaucoup au théâtre. Ma mère connaissait des directeurs et des acteurs, des gens comme ça, alors je traînais beaucoup avec eux. C’était instructif parce que je voyais tout le travail, comment ça se mettait en place. Je pense que ça a germé en moi. Quand j’ai eu 16 ans, je savais que c’était ça que je voulais faire. Mais on parle de Liverpool au début des années 80 là, tout était aussi désespéré que possible. Heureusement, ma mère était prête à ce que je prenne mon vol, « tu dois y aller et t’accrocher à ça. » Mais en ce qui concerne la musique pour vous, se mettre avec les gars et faire que quelque chose arrive, c’était évident tout de suite ? Ou bien ça a mis beaucoup de temps ?

TY : Et bien, j’ai vécu quelque chose d’assez approchant de vous dans un sens : dès que j’ai été mis en présence de musique, c’était ça, c’était tout ce que je voulais faire.

DC : il y avait de la musique dans votre famille ?

TY : non, non. Mes pauvres parents ne pouvaient pas s’y mettre du tout. Maintenant oui…

DC : seulement maintenant.
TY : Ouais, la semaine dernière (ils rient tous les deux). Je ne savais pas vraiment lire la musique mais je savais que j’étais très impliqué. Le premier professeur que j’ai rencontré quand j’avais 11 ans, c’était le responsable du département de la musique.

DC : C’était à Abingdon. Il y avait un bon département musique là-bas ?

TY : Ouais. En fait tout le temps où j’ai été là-bas, je me suis caché dans le département musique. Le reste du système scolaire- et je vois la même chose avec mon fils maintenant – était construit exactement à l’inverse de moi. J’avais tout le temps des problèmes et des petits tracas. Alors je me cachais dans le département de musique et d’art à chaque fois que je pouvais. J’étais heureux là-bas parce que…Vous vous souvenez de Thomas Dolby ?

DC : Ouais. C’est un ancien d’Abingdon aussi ?

TY : Ouais. L’une des premières fois où je suis allé au département de musique, il y  avait Thomas Dolby, enfin avant qu’il soit Thomas Dolby, avec le synthétiseur qu’il avait construit et ses trucs. Et j’étais là : « je veux faire ça dans ma vie. »

DC : Les Beatles étaient évidemment une grande affaire à Liverpool. Mais avec la tradition de groupes comme les Beatles ou les Animals, la scène musicale dans le nord-ouest et le nord-est de l’Angleterre était aussi vue comme une façon de s’en sortir. La musique était une façon de réussir et en même temps d’échapper à quelque chose. Quelle est la part de rébellion qui vous a mené vers la musique ? Ou bien seulement ce sentiment très fort qu’il fallait le faire?

TY : Oh, les deux. A Oxford c’était bizarre parce que le seul groupe qui avait jamais réussi était ce petit groupe indie appelé Talulah Gosh, et c’était pas du tout des rebelles. Ils portaient des anoraks, ils étaient très stricts et jouaient cette musique indie très étrange. Mais quand j’allais à leurs concerts, il y avait du sang partout, les gens faisaient du moshing, se battaient. Et puis ce drôle de petit groupe sur scène…c’était pas tout à fait la façon normale de se représenter le « faut qu’on s’en sorte ».

DC : vu ce qu’étaient les années 80, vous pensez qu’il y avait un sentiment général en Angleterre à cette époque, une sorte de façon d’être tous ensemble et de s’écraser contre les barrières ? Je veux dire, je me souviens d’avoir fait ça et c’était super drôle. On se moquait même de savoir si le groupe était bon ou non, du moment que quelqu’un battait un rythme, on était déjà en train de sauter et de s’écraser les uns contre les autres.

TY : Ouais, le principal c’était juste de découcher pour le week end, de dire à personne où vous étiez et de se retrouver dans des situations bizarres- ce que je vais sans doute bientôt expérimenter avec mes enfants. Mais pour moi très souvent c’était assez chiant parce que ça faisait un tout avec l’ambiance locale et t’étais obligé par ça aussi. Et il y avait ce truc particulier que je n’arrivais pas à accepter, c’était que groupes et filles, ça allait ensemble. Je suis allé dans une école de garçons et je n’avais pas compris que la plupart des garçons faisaient partie d’un groupe pour avoir des filles. J’étais pas très centré là-dessus, pas autant que les autres.

DC : qu’est-ce qui était difficile pour vous ?

TY (rit) : j’étais un peu geek et je pensais pas trop à ça. J’avais été dans d’autres groupes et j’avais fait des petits trucs, mais quand j’ai rencontré ces gars-là, Radiohead, ils étaient plus sérieux, surtout Jonny, qui était plus jeune et c’était un pur enfant prodige de la musique. Il pouvait prendre n’importe quel instrument et jouer immédiatement. Il était dans le groupe de mon frère à cette époque.

DC : Alors vous l’avez volé ?

TY : A peu près, ouais (il rit). Je crois que c’est toujours pas passé.[/testimonial] 

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