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Amor y Luz!

C’est reparti pour Coachella, 2ème week-end, sans qu’on sache pour l’instant s’il y aura des retransmissions en streaming: celles de la semaine dernière ont été censurées sur YouYube et il est vraisemblable qu’il s’agissait de promotion pour faire le plein lors de la 2ème manche. Pour la 1ère fois en effet, le festival est dupliqué, à l’identique, un 2ème week-end. Et déjà, on sait qu’il y aura quelque chose en plus: la chaleur! Alors qu’il pleuvait et qu’il faisait même froid la semaine dernière, on s’attend à des records: il faisait hier 38° dans le désert!
Les festivaliers qui ont investi leurs 300$ pour faire la fête sous les palmiers devraient donc être comblés…et encore plus épuisés! Ce festival rapporte des sommes fabuleuses à ses promoteurs qui n’hésitent pas à payer aussi largement les têtes d’affiche: Radiohead et Dr.Dre/Snoop Dog auraient reçu 4 millions de dollars pour leurs prestations. De quoi assurer leurs vieux jours…et se faire de petits plaisirs…comme on le voit dans cette interview d’Ed O’Brien, parue dans Frente, un journal mexicain, dont vous pouvez consulter la version en espagnol ici:

L’interview a eu lieu au Château Marmont (célèbre hôtel de Los Angeles) pendant le 1er week end de Coachella. Ed emmène le journaliste dans sa chambre pour lui montrer la Fender de Johnny Marr et…le journaliste ne peut s’empêcher de jeter un œil sur sa provision de marijuana (on est en Californie, c’est permis !). Il s’avère que Ed connaît le journaliste qui l’a interviewé déjà en 1994, lors de leur premier passage à Mexico.

Il explique que chaque début de tournée est difficile : il faut gérer la transition entre la vie quotidienne, de père, de mari…et de musicien jouant devant 50 000 personnes. C’est pourquoi ils étaient un peu mal à l’aise lors de leur premier concert à Mexico en 2009. Il explique qu’ils ont répété 55 chansons pour cette tournée, que ça nécessite beaucoup de concentration.
Le journaliste lui demande si toutes les tournées se ressemblent :

« tous les concerts sont différents. Cette tournée n’a rien à voir avec les précédentes qui étaient marquées par la mélancolie des albums. Mais RH n’est plus comme ça du tout, maintenant nous sommes lumière et amour (merci Marie-Jeanne !). Ces concerts sont vivants et remplis d’amour. C’est comme les Beatles « all you need is love ». Avant, on se sentait séparé du public, mais plus maintenant, il y a une énergie qui circule, et chaque personne dans le public est aussi importante que Thom ou moi, on est là pour faciliter la circulation de l’amour. C’est très puissant. »

A juste titre devant cette déclaration, le journaliste lui demande ce qui est la cause de cette transformation : Ed développe alors une théorie historicisant l’évolution de RH, In Rainbows marquant selon lui la sortie d’un long tunnel dans lequel ils étaient entrés à l’orée d’OKC. Ils sont sortis de l’obscurité :

« on peut être très créatif dans ces phases obscures, mais ça vous tue en tant qu’être humain. »

Donc ils sont désormais dans une phase d’illumination où ils sentent qu’ils peuvent créer de la musique très différente de ce qu’ils ont fait auparavant.

Le journaliste, de plus en plus étonné, fait remarquer que cette réaction très positive semble être à l’opposé de la noirceur du monde qui, elle, s’accentue (50 000 personnes ont été assassinées cette année au Mexique) tout comme leur attitude était à l’opposé de la vague d’optimisme portée par la Britpop du temps de Tony Blair : Ed s’enflamme en réaffirmant qu’ils n’ont jamais fait partie de la Britpop et que justement, ils avaient pris le contre-pied de cette ère. Il en profite pour rappeler qu’ils ont choisi de chanter de nouveau The Amazing Sound of Orgy dont les paroles semblent aujourd’hui absolument prophétiques (et il se met à chanter) : selon lui Thom a littéralement prophétisé la faillite du système bancaire ! Et de réitérer son optimisme dans la capacité des gens à relever la tête et à apporter du neuf (sacré Ed va ! C’est un plaidoyer vivant pour la légalisation de la ganja, ct’homme-là !).

Le journaliste le fait revenir au présent en lui demandant comment ils choisissent les setlists et comment sont réglées les lumières du spectacle : Ed rapporte qu’Andy Watson travaille sur les lumières depuis novembre, qu’ils ont recyclé les led du tour précédent, en ajoutant cependant ce mur de bouteilles plastique derrière la scène et ces écrans pivotant.

« A propos des chansons : nous jouons ce que nous ressentons comme bon. Nous jouons TKOL parce que ça semble normal. Et la plupart de IR aussi. Et pour les anciennes chansons, on s’est intéressés à celles qui s’apparient bien. Par exemple, d’OKC, il n’y a que Lucky qui sonne bien avec l’ensemble et PA. Clive Deamer ajoute beaucoup au groove. En revanche, on a essayé « No Surprises » pendant les soundchecks et c’était horrible. The NAnthem non plus ne marche pas bien. En revanche, « Kid A » et « Pyramid Song » sonnent formidablement. Dernièrement on a joué « Packt like sardines… » et ça sonnait pas mal bien qu’un peu rude. Notre état d’esprit émotionnel et spirituel détermine quelle chanson va fonctionner. « No Surprises » ça ne marche pas, parce qu’il faut être immergé dans la mélancolie et la noirceur qui créent alors une tension avec cette chanson magnifique et très douce. Mais maintenant que nous sommes remplis d’amour et de bonheur, bien qu’on soit tenté de la jouer, il n’y a plus de contraste, c’est trop doux. ».

Le journaliste s’inquiète un peu : « est-ce que tous les membres du groupe ressentent la même chose ? »

« Oui, mais surtout moi (on avait compris !). Je suis très expressif. Je suis celui qui prévient « arrêtez, y a trop de p…d’amour là. » Je suis comme ça. Ce n’est pas très anglais mais je ne suis pas très anglais moi-même. Ma grand-mère est née au Mexique. Bon en général on est d’accord, on est tous d’accord pour dire qu’on se sent bien, que c’est une tournée différente des autres. »

Le journaliste lui demande fort à propos pourquoi ils ont inclus tant de B-sides dans ces concerts, est-ce que c’est pour faire des surprises aux fans ?

« Oui, pour surprendre nos fans. Mais c’est aussi très sympa de redécouvrir des chansons et voir celles qui conviennent. Nous sommes un groupe très chanceux, on a un arsenal de chansons et on n’est pas obligés de chanter « Fake plastic trees », « Creep », « PA » ou « NSurprises ». Je pense que les gens qui aiment RH comprennent – et maintenant en tout cas ils ont eu le message- que nous jouons ce que nous avons envie de jouer, on va pas tromper les gens , on va pas leur dire que c’est la tournée « greatest hits » de RH. Quand on va aller à Mexico, c’est ce qu’on va offrir, c’est honnête et réel. »

Oui mais, s’inquiète le journaliste, dans une foule de 50000 personnes, il y aura toujours ceux qui seront tristes que vous ne jouiez pas « Creep ».

« On l’a joué à Mexico. Mais on ne peut pas aller sur scène en pensant que l’on doit jouer telle ou telle chanson, ce serait malhonnête. Quand « Creep » marche c’est parce que soudain on a eu envie de la jouer. On peut pas se forcer. On n’est pas U2. Le concert montre là où le groupe se trouve à un moment précis. Je pense que les gens comprennent ça. J’espère que personne ne rentre triste chez lui parce qu’on n’a pas joué « Creep ».

« Alors qui décide des chansons ?» insiste le journaliste


« C’est très simple. On se réunit à 14h. On regarde la salle. On mange. Après le repas, Thom, Phil et moi décidons de la setlist. Il y a certaines chansons dont on sait qu’elles marchent bien ensemble. « Bloom » est très bonne pour l’ouverture, ça nous met dans de bonnes dispositions. On se demande les uns les autres ce qu’on a envie de jouer du moment qu’il y a du flow, que c’est équilibré et que ça mène le public en voyage quelque part. On ne décide pas à 5 parce que ça ferait trop d’options possibles. Et ça marche bien comme ça parce qu’après le concert, Colin et Jonny peuvent faire des remarques, des observations. On a répété les chansons qu’on connaissait le moins. Et on a eu 4 jours de pré-production à Londres. »

Ed révèle ensuite que si TKOL est si orienté vers le rythme, c’est aussi parce que Nigel faisait beaucoup de DJing pendant l’enregistrement.

« Le rythme est l’élément essentiel de l’album » admet Ed. On blague en appelant le spectacle The Big Rave. Notre manager Chris Hufford dit « c’est comme une rave avec des guitares ! » La nuit dernière, Thom a dit sur scène : « pourquoi on continue ? pour faire de nouvelles choses ! » Notre passé, c’est super mais ce n’est pas ce qui nous fait avancer, on va jouer de nouvelles chansons que personne n’a entendues pendant cette tournée. »

Et il annonce qu’il y en a 4 en tout.

Le journaliste en profite pour lui demander pourquoi certaines chansons n’ont pas été incluses dans TKOL : Ed explique que the Daily Mail a été ajoutée à l’émission From the Basement parce qu’il fallait tenir 55 mn et que TKOL n’en faisait que 38. Mais c’est une chanson écrite en 2005. Ils l’ont finie 5 minutes avant le début de l’enregistrement. C’est comme ça qu’ils ont réussi Lucky. Et Ed de réitérer sa référence aux Beatles : c’est comme ça qu’ils faisaient, on doit pouvoir le faire encore. Il réaffirme aussi qu’il adore le concept d’album mais que pour enregistrer tout un album, il faut être dans un état d’esprit particulier. Ils aiment bien aussi les B-sides, les morceaux qui sont créés sans la pression de la création d’un album, « Supercollider », « the Daily Mail ». Et puis pour faire un album, il faut avoir des choses à dire, ce que ne requiert pas une B-sides : ça peut être une chanson écrite il y a 10 ans, qui n’a pas marché à l’époque.

Ed revient ensuite à sa grande théorie des époques de RH : avec TKOL, depuis les deux dernières années, a commencé l’ère MKIII, MI allant de Pablo Honey à OKC, MKII de Kid A à IR.

« Cette étape est faite de lumière, d’amour et de bonheur »

(on sent à ce moment de l’interview qu’Ed va se transformer en George Harrison!)

Le journaliste est de plus en plus inquiet : « vous parlez beaucoup de ça. Est-ce que c’est plus facile d’être RH aujourd’hui qu’il y a 10 ans ? »
Ed :

« Complètement. On est à un moment magnifique maintenant. C’est très naturel, sans contrainte. Il y a 10 ans, c’était très difficile. C’était pas à cause du groupe mais à cause de nous, en tant qu’êtres humains. On a changé, on a évolué, on s’amusait pas, on résistait, on ne se laissait pas aller. Mais on a appris que les pires choses ne durent pas. Tout le monde le ressent autour de nous : Andy Watson en a parlé avec Thom. Il a ajouté des couleurs, des textures, de la beauté, de la mise en scène. Et ça évolue avec la tournée. »

Et le journaliste de conclure, complètement désarmé face à ce torrent d’amour digne de Cassavetes dans son grand âge : « à la fin de la tournée, que reste-t-il ? un groupe épuisé ou le souvenir du meilleur concert ? »

Ed : « ça ne dépend pas de nous. Cela dépend du public. Ils jouent un rôle plus important que nous. »

Alleluia Ed, y’en a vraiment de la pure en Californie ! Et Vive l’agriculture bio !

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