La question de Kanye West est assez épineuse effectivement. Mais j’aime bien m’y étendre parce qu’elle est assez intéressante. J’ai eu beaucoup de mal à être convaincu par son album pour des raisons qui me travaillent toujours aujourd’hui.
Mais le choix de le placer comme meilleur album de l’année, de le porter bien plus haut que n’importe quel autre album (Bon Iver et Animal Collective pour 2009 font pâle figure en comparaison), et de lui donner une note maximale, pour moi révèle du sens logique et montre que sur le coup, P4K a fait son boulot.
Parce qu’au delà du plan musical, cet album est à la fois une vision d’avenir, une consécration et une révélation. Dans le sens où il annonce une tendance qui n’a fait que se confirmer cette année de la manière la plus claire que ce soit, tout les meilleurs albums hip hop et RnB de l’année, et ils sont nombreux, tiennent de l’album de Kanye West. L’album est un regain de souffle hallucinant pour un genre musical entier qui ne survivait « que » grâce à la tendance des rappeurs comme MF Doom, J Dilla, Madlib et d’artistes comme Erykah Badu, et de quelques rares sorties hors-courant remarquables ici et là. Aujourd’hui c’est un nouvel âge d’or du hip hop qui s’annonce.
C’est une consécration parce qu’il est une leçon pour ceux qui pensaient qu’il existait une fracture entre le grand hip hop old school et la vague moderne. L’album de Kanye West, faut pas l’oublier, rassemble sur des même morceaux des artistes de générations différentes et à qui ont prêtait des influences différentes.
Or on y retrouve aussi bien des membres du Wu-Tang Clan, ou DJ Premier, sans doutes parmi les plus grand pionniers et représentant du hip hop que des nouvelles figures (même si effectivement ces nouvelles têtes sont pas les plus intéressantes).
Une révélation parce que je ne pense pas être le seul à avoir avant celui-ci, classer intuitivement beaucoup de ces artistes, et ce genre de hip hop, comme étant de la musique nauséabonde. Or, une artiste comme Rihanna (peut-être Beyonce) notamment, mérite beaucoup plus d’égards que ce qu’on aurait tendance à lui prêter (bon tout est relatif, mais je le pense).
Et sans cet album, je n’aurais jamais prêté attention à des artistes comme The Weeknd, Frank Ocean, A$Ap Rocky, même Jay-Z, et Drake (qui souffre des mêmes critiques que l’on pourrait faire à Kanye West). Et pourtant ils le méritent.
Sur un plan musical, tout n’est pas à sauter au plafond, mais beaucoup l’est. Ca fait appel à des sons dont on aurait tendance à dire qu’on les entend depuis longtemps à la radio, mais c’est la première fois que cette pop-culture dans le hip hop est aussi bien représenté. Et encore une fois, c’est une musique nouvelle qui ne s’écoute plus de la même manière. Le funk et le jazz sont des notions un peu disparues dans ces albums effectivement. Et ce qui m’a séduit avant tout, c’est justement sa thématique, sa façon d’embrasser son statut de star tout en y apportant un esprit sombre et hystérique, c’est un album qui est très triste, violent et pourtant exultant. C’est aussi l’un des rares albums de hip hop, je pense de l’histoire, à avoir ce genre de portée très sombre et émotionnelle.
Le fait que ça soit vulgaire (mais souvent bien écrit), ça relève presque de la licence poétique. Il ne pouvait faire autrement pour le personnage qu’il décrit et incarne.
Et enfin l’album de Kanye West est sans aucun doute la meilleur photographie d’un dilemme et d’un esprit dont on parle depuis le début des années 2000, celui à la fois du star-system, de la démesure, de l’argent, de la drogue... c’est un tableau effrayant et hystérique de notre époque. Jamais on a aussi bien parler de l’envie de tout foutre en l’air. Bref pour moi le titre de meilleur album de l’année, voire de la décennie est amplement mérité. 
Quant à James Blake, je te trouve dure avec lui également. Le fait qu’il ait une dégaine proprette dans un univers dubstep qui se veut plus urbain, je trouve ça positif justement. Ca évite de cultiver indéfiniment ce côté fond de cave, qui au bout d’un moment, n’a plus vraiment de sens vu l’ampleur et la diffusion.
Le terme de « prétentieux » revient souvent à son sujet, et très franchement ça m’effare. J’y vois que du sectarisme et de la jalousie. Si j’entendais ce terme de la part de Yorke ou de n’importe quel manitou du dubstep, ça me ferait rire, sincèrement.
Parce que musicalement parlant, c’est plus que remarquable ce qu’il fait. J’ai rarement vu quelque chose d’aussi concrètement retravaillé, repensé et visionnaire. Son dernier single « Love What Happened Here » qui revient un peu à ses débuts est un des meilleurs trucs que j’ai entendu depuis longtemps, je trouve ça purement génial.
Le fait qu’il ait une vibe qui lui est propre, un style qui dépasse l’apparence ou la texture sonore mais qui se ressent jusqu’à dans sa façon de mixer, je trouve ça admirable. Et personne mis à part les grands noms que sont Burial, Kode9 & The Spaceape, et King Midas Sound, n’avaient jamais fait ce qu’il avait fait. J’irais même jusqu’à penser qu’il le fait mieux.
Bon pour ce qui reste, je vais pas m’étendre, j’ai déjà beaucoup écrit
mais je rajouterais quand même : Bon Iver, sans être une claque, et au delà de son profil effectivement parfait pour la hype du moment, a tout de même pour moi composé parmi les plus belles chansons de ces dernières années. Ce que les Fleet Foxes n’ont jamais fait (je déteste ce groupe qu’on se le dire bien). Et faut peut-être mettre son succès aussi sur le compte de sa relation et son influence sur Kanye West ou Drake et sa proximité avec le milieu RnB.
J’ai adoré l’album de Björk, bien que ça m’ait demandé du temps, et pour le coup, bien plus que pour Radiohead, le peu de considération qu’on lui apporte me fout hors de moi. Tout comme les avis largement négatifs pour Volta et Medulla d’ailleurs.